CHRONIQUE "INVESTISSEMENT DE LONG TERME": LE LONG TERME, AU JOUR LE JOUR, N°17

LE LONG TERME, AU JOUR LE JOUR, N°17

 Philippe Camus (Alcatel-Lucent) : pour une politique industrielle de l’Europe.
Dans le dernier Policy paper de la Fondation Robert Schuman, Philippe Camus, Président du Conseil d’administration d’Alcatel-Lucent plaide pour une politique industrielle européenne [1]. L’industrie, qui représente directement 20% du PIB et 18% des emplois de l’Union, est le moteur économique et social de l’Europe. Malgré quelques textes en faveur de l’industrie, dont le plus complet est celui sur la stratégie « UE 2020 », l’ambition industrielle n’est pas au centre des actions de la Commission et des États membres. « La politique industrielle est perçue comme synonyme d’aide aux « canards boiteux » ou comme une entrave à la concurrence et au libre jeu du marché… Non, à la différence de la politique de la concurrence, il n’y a pas actuellement au niveau européen les outils suffisants pour mettre en place une véritable politique industrielle ». Les recherches de réponses nationales sont insuffisantes face aux géants mondiaux. Il faut donc une ambition industrielle pour l’Europe : choisir des secteurs pertinents (nano-technologies, biotechnologies, numérique, technologies « vertes »), cesser d’opposer politique de la concurrence et politique industrielle, coordonner l’action de la Commission et des États. « Cela peut se faire de deux façons : par des grands programmes mobilisateurs et par l’animation de pôles d’excellence technologique et industrielle rassemblant les pouvoirs publics, les acteurs industriels, les centres de recherche et les universités ». Philippe Camus conclut ainsi : « L’ambition industrielle de l’Europe passe aussi par l’affirmation d’une identité politique de l’Europe. Et cela c’est une autre histoire ».
À noter que la question du financement des investissements n’est pas traitée, mais ceci n’est peut-être pas une autre histoire…

Les PME européennes créatrices d’emplois, mais inquiètes pour leur avenir.
Une étude conduite par la Commission montre qu’entre 2002 et 2010, les PME ont assuré 85% de la création nette d’emplois dans l’UE, alors que leur part dans l’emploi total se situe à 67% [2]. La croissance annuelle de l’emploi des PME, qui s’est élevée à 1 %, a dépassé celle des grandes entreprises (0,5 %). Les nouvelles entreprises (créées il y a moins de cinq ans) sont à l’origine de l’immense majorité des nouveaux emplois. Antonio Tajani, vice-président de la Commission et commissaire à l’entrepreneuriat et à l’industrie, a déclaré: «… les petites entreprises assurent et confirment leur rôle de principales entités génératrices de nouveaux emplois. Leur importante contribution à la création d’emplois met en exergue leur importance pour l’économie, plus marquée que jamais, et la nécessité de leur apporter un soutien à tous les niveaux. À l’évidence, les nouvelles entreprises de petite taille sont essentielles pour la relance de la croissance économique ».
Mais la crise économique a touché les PME dont les effectifs ont chuté de 2,4% par an en moyenne sur la période 2009-2010, contre 0,95% pour les grandes entreprises. Outre les effets sur l’emploi, la conséquence de la crise la plus néfaste pour les entreprises est la baisse globale de la demande de leurs produits et services (indiquée par 62 % des sociétés), suivie par l’allongement des délais de paiement (mentionné par 48 % des sociétés) et, enfin, l’insuffisance de fonds de roulement qui a concerné 31 % des répondants. En France, selon le baromètre IFOP, 51% des dirigeants de PME sont pessimistes au sujet de leurs projets d’investissement [3]. Alors que « 68% des PME constatent au moins une mesure de durcissement des conditions de financement par les banques », l’autocensure des PME dans leurs demandes de financement progresse.

Du court terme au long terme : la soutenabilité de la dette italienne.
Une analyse de la soutenabilité de la dette italienne par le service de recherche économique de BNP Paribas vient de paraître [4]. Avec une dette publique qui s’élève à 120% du PIB, l’Italie pourra-t-elle faire face à ses engagements ? Dès 2012, 300 Mds€ viennent à échéance, dont une bonne partie au 1er semestre. La situation est certes difficile. Mais selon l’étude, « l’économie italienne est plus équilibrée que ne le laissent penser les marchés et en meilleure posture que d’autres économies en proie à la crise de la dette ». Car, « si le secteur public est le talon d’Achille du pays et n’a plus d’autre choix que se désendetter, la situation financière des ménages et des entreprises est, elle, plus solide que dans la plupart des autre pays. Conséquence, l’Italie ne dépend pas outre mesure, comme par exemple la Grèce ou le Portugal, des financements extérieurs ». De plus, la part de dette publique détenue par des investisseurs étrangers est relativement faible : 42% pour une moyenne de 52% dans la zone euro. Par ailleurs, les banques italiennes sont peu exposées à la dette publique et privée des pays dits « périphériques », en revanche elles le sont beaucoup à la dette publique domestique, ce qui est un facteur de fragilité. Enfin, au cours de la dernière décennie, l’Italie a régulièrement dégagé un excédent primaire bien supérieur à la moyenne de la zone euro. Le principal problème ? « L’Italie souffre d’une croissance très faible et de perspectives limitées à long terme ». Pour Clemente De Lucia, auteure de l’étude, « Les problèmes que rencontre l’Italie sont plus d’ordre structurel que cyclique ». La véritable solution réside dans la stimulation de la croissance. Il faut, à la fois, consolider les finances publiques à court terme et doper la croissance à long terme.

Pour la City : Ah, qu’il est beau le débit du Yuan !
Le plus grand fonds souverain chinois China Investment Corporation (CIC), qui gère des actifs à hauteur de 300 Mds$, a annoncé, ce vendredi 20 janvier, avoir pris une participation de 8,68% dans Thames Water, le réseau de distribution d’eau de Londres [5]. Bonne nouvelle pour la City, dont l’un des slogans pourrait devenir « Votre Yuan m’intéresse ». Le ministère britannique des finances veut que Londres devienne le centre international des transactions sur la monnaie chinoise [6]. “Londres est idéalement positionné pour devenir la porte d’entrée du secteur bancaire et des investissements asiatiques en Europe”, a déclaré le ministre des finances George Osborne. Les banquiers et les analystes financiers de la City estiment que ce projet peut générer des milliards de dollars de revenus pour l‘économie britannique.
Dans l’autre sens, malgré une chute en décembre, les investissements directs étrangers (IDE) en Chine ont augmenté de 9,7% en 2011, au niveau record de 116 Mds$ [7]. Les investissements en provenance des Etats-Unis ont reculé de 26% à 3 Mds$ et ceux venant de l'Union européenne ont baissé de 3,65% à 6,35 Mds$. En revanche, les investissements en provenance de dix pays asiatiques, dont le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et Hong Kong ont progressé de 14% à 100,5 Mds$.


Jean-Robert Léonhard, Confrontations Europe



Confrontations Europe - 227 boulevard Saint-Germain - F-75007 PARIS - Tél : +33 (0)1 43 17 32 83 - Fax : +33 (0)1 45 56 18 86
Bureau de Bruxelles : 19-21 rue du Luxembourg - B - 1000 Bruxelles - Tél : +32 (0)2 213 62 70 - Fax : +32 (0)2 213 62 79
Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.  / Webmaster : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.