CHRONIQUE "INVESTISSEMENT DE LONG TERME": LE LONG TERME, AU JOUR LE JOUR, N°21

19 février 2012.

L’objectif de ce billet est de signaler les informations, études et questions susceptibles de nourrir notre réflexion sur les investissements de long terme (ILT) et les investisseurs institutionnels.

LE LONG TERME, AU JOUR LE JOUR, N°21

 

Horizon 2050, si loin, si proche

Cette semaine, deux études s’interrogent sur la situation en 2050. Faut-il regarder si loin quand tout nous pousse à gérer l’urgence ? Mais pour bien agir aujourd’hui, ne faut-il pas viser demain, voire après-demain ? Et est-ce vraiment si loin, quand on sait que la moitié des petites filles nées cette année connaîtront l’an 2100 ? Autrement dit, l’horizon 2050 ne représente que moins de la moitié d’une vie d’homme (et surtout de femme).

 

L’économie mondiale en 2050 : que des gagnants malgré les bouleversements ?

Le titre de cette étude du CEPII : « Le grand basculement : projections macroéconomiques pour l’économie mondiale à l’horizon 2050 » [1] est explicite. C’est bien d’un « grand basculement » qu’il s’agit, la Chine (avec une croissance de 8% par an sur 40 ans) pouvant représenter 33% de l’économie mondiale en 2050, soit autant que l’Union Européenne (12%), les Etats-Unis (9%), l’Inde (8%) et le Japon (5%) réunis. Les économies chinoise et indienne pourraient être multipliées par 8 sur la période. Bien sûr le classement des économies européenne et américaine en souffre, mais elles aussi progressent entre 80% et 90%. « La Chine dépasserait les Etats-Unis vers 2020 (vers 2040 à prix relatifs constants). Cependant, en termes de niveaux de vie, mesurés par le PIB par habitant en standard de pouvoir d’achat, la Chine serait encore 10% derrière les Etats-Unis à l’horizon 2050 ». Au sein du groupe des BRICs, les évolutions sont très différentes, le Brésil et la Russie ne réussissant qu’à préserver leur part entre 2 et 3% de l’économie mondiale. « Enfin, à compter de 2040 environ, l’Afrique subsaharienne deviendrait la zone du monde à l’économie la plus dynamique, avec une croissance réelle supérieure à 5% par an. » Les projections utilisent le modèle MaGE (Macroeconometrics of the Global Economy) à partir d'une fonction de production à trois facteurs : capital, travail et énergie. Le CEPII souligne qu’elles doivent être interprétées très prudemment.

 

Rapport Énergies 2050 : Faire de la sobriété et de l’efficacité énergétiques une grande cause nationale

La commission mise en place en octobre 2011 par Eric Besson, Ministre chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique, vient de livrer son rapport d'analyse des différents scénarios possibles de politique énergétique pour la France à l’horizon 2050 [2]. Elle formule diverses propositions, dont la première est de « Faire de la sobriété et de l’efficacité énergétiques une grande cause nationale ». Elle suggère de « Ne pas se fixer aujourd’hui d’objectif de part du nucléaire à quelque horizon que ce soit, mais s’abstenir de compromettre l’avenir, et pour cela maintenir une perspective de long terme pour cette industrie en poursuivant le développement de la génération 4. La prolongation de la durée de vie du parc actuel paraît donc la meilleure solution (sous la condition absolue que cela soit autorisé par l’Autorité de sûreté nucléaire). » Parallèlement, il faut « Maintenir, voire accroître l’effort de recherche publique dans le domaine de l’énergie, à travers des coopérations internationales et en accordant une priorité absolue aux programmes mis en œuvre conjointement par des laboratoires publics et des entreprises innovantes, grandes ou petites, capables de s’attaquer au marché mondial. Les énergies renouvelables et le stockage de l’énergie devront recevoir une attention toute particulière ». La part du nucléaire en 2050 et même en 2030 dépendra de plusieurs facteurs : « réussite des politiques de maîtrise de la demande, baisse des coûts des énergies renouvelables, percées technologiques, retour d’expérience sur le fonctionnement des EPR français et étrangers, prix du gaz naturel. »

Quel sera le top 10 des entreprises en 2035 ?

Dans une « business fiction » présentée à l’occasion de l’inauguration des nouveaux locaux de l’EDHEC, Daniel Franklin, rédacteur en chef de la revue annuelle « The World In » éditée par The Economist, a présenté le panorama du monde des entreprises en 2035 qu’il a imaginé [3]. Un exercice qui se veut selon les termes même de son auteur, « un jeu d’esprit pour réfléchir mais pas une prévision ». En tête du top 10, Exxon-Hydro. Oui, il s’agit bien du groupe pétrolier, mais qui à l’or noir a ajouté l’or blanc, objet d’enjeux stratégiques majeurs. L’indien Tata aura absorbé Microsoft pour devenir Tatasoft et monter sur la 2ème marche du podium, couronnant la domination indienne sur le monde des logiciels. En 3ème position, le fonds souverain Qatar Holdings aura construit, à partir de ses ressources gazières, un groupe diversifié dans de multiples secteurs porteurs comme l’alimentaire, l’industrie minière ou encore l’immobilier. Suivent le géant financier GGS (anciennement Google Goldman Sachs), le plus grand constructeur automobile Shangai Automotive, puis GlaxoSmithKlinePfizerDaiichiNovartisTeva immense conglomérat pharmaceutique. Les trois suivants du palmarès (de la 7ème à la 9ème place) sont encore plus originaux : OxbridgeHarvard, leader de l’industrie mondiale de l’éducation, largement numérisée, puis deux start-ups : Talentia et ManuVation. La première dominera le secteur du recrutement des talents dans le monde entier et la seconde proposera des machines utilisant la 3D pour fabriquer divers produits, révolutionnant par la même occasion l’industrie manufacturière. Le 10ème résulte du mariage de Bollywood et Disney pour former Bollydis. Pas beaucoup de français ou d’européens continentaux ? Non, mais peut-être en trouverons-nous dans le livre du même auteur intitulé Megachange – The World in 2050 à paraître en mars 2012… Tiens, encore 2050 ?

Business model des banques : votre argent m’intéresse de plus en plus

Alain Rativet nous signale cette analyse des effets de Bâle III sur les business models bancaires, sous-titrée « Quand l’épargne des particuliers devient une manne revalorisée... » [4]. Les banques ont pour objectif de se tourner de plus en plus vers les ressources stables constituées par l’épargne des particuliers. Selon le cabinet Kurt Salmon, cet objectif suppose trois profonds changements, « avec des conséquences majeures sur les organisations bancaires et sur le business model de la bancassurance ». D’abord, il s’agit d’orienter l’épargne de la clientèle vers des produits pourvoyeurs de liquidité. « Pour illustration, même si l’assurance-vie constitue un marché très rentable pour les banques, celles-ci ont tout intérêt à réorienter l’épargne de leurs clients vers les livrets. En effet, cette liquidité reste au bilan des banques qui en disposent comme elles le souhaitent pour offrir des crédits. » Ensuite, de nouvelles relations sont à établir entre les directions commerciales et financières, pour mieux suivre et modéliser la collecte afin d’être en mesure de prévoir ses évolutions. « Enfin, la collecte se traduit par une revalorisation de processus « connexes » mais qui revêtent une nouvelle dimension.» Il en est ainsi de la connaissance du client, de la nature et de la provenance des fonds, de la détection de la fraude fiscale et du devoir de conseil. Pour le cabinet Kurt Salmon, cette nouvelle donne s’inscrit dans une logique à long terme, poussant les banques à absorber  le maximum d’épargne, aux dépens des gestionnaires de fonds et des assureurs.

Jean-Robert Léonhard, Chargé de mission, Confrontations Europe




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