CHRONIQUE "INVESTISSEMENT DE LONG TERME": LE LONG TERME, AU JOUR LE JOUR, N°25

LE LONG TERME, AU JOUR LE JOUR, N°25

Enquête sur les institutionnels face à la crise : prudence et rendement

Dans le cadre du Forum Gi des 13 et 14 mars, Morningstar a présenté les résultats  d’une enquête réalisée en février auprès de 104 investisseurs institutionnels français, représentant 840 Mds€ d’actifs gérés, sur « Les conséquence de la crise européenne sur votre gestion financière, dans les années à venir » [1]. 41% souhaitent diminuer le profil de risque de leur allocation (actions…), 38% le maintenir et seulement 12% l’augmenter (9% n’opposent pas les deux et se réservent plus de flexibilité). Plus précisément, « les actifs de rendement sont privilégiés : les obligations d’entreprises, les emprunts d’États développés, l’immobilier, les obligations convertibles, mais aussi le High Yield {ex « junk bonds »}, et la dette émergente sont particulièrement recherchés. Les institutionnels sont désormais dans une logique de « yield management (gestion des rendements) au détriment d’une logique d’ « asset management » (gestion des actifs) qui permet de jouer la valorisation du portefeuille à long terme. Ils sont de plus en plus intéressés par le revenu année après année que par la plus-value à long terme.»

Au cours de l’atelier consacré aux obligations, les intervenants ont souligné l’inversion de la hiérarchie du risque entre les dettes souveraines, naguère perçues sans risque, et les obligations d’entreprises devenues plus recherchées. Pourtant, ont-ils remarqué, une entreprise ne peut survivre en cas d’effondrement du souverain de référence. D’où l’appétence pour les entreprises dont l’activité est répartie sur de nombreux pays.

Pendant la conférence d’ouverture de la 2ème journée sur « Les grands investisseurs face à l’allocation d’actifs de demain », Antoine Lissowski, Directeur général adjoint Finance de CNP Assurances, a notamment été interrogé sur la désintermédiation. Il a souligné que quel que soit le mode de gestion, direct ou intermédié, les investisseurs devaient plonger dans la réalité économique de leurs placements, procéder à une analyse fine qui ne se limite pas au rating, s’astreindre à connaître le modèle économique de l’actif financé. Concernant les infrastructures, il pense que l’assureur ne doit pas intervenir dans la première phase (celle de construction caractérisée par la seule sortie de cash) car il n’a pas la compétence d’un banquier. En revanche, il peut participer à la deuxième phase, celle des flux de dépenses et de revenus.

Le paradoxe de l’eau, ressource à la fois abondante et rare

Alors que le 6ème forum mondial de l’eau se termine, PwC publie « L’eau : enjeux, dynamique et solutions » [2]. Et c’est par le paradoxe ci-dessus que l’étude commence : l’eau est à la fois « Abondante, car la terre compte plus de 1 400 millions de km3 d’eau dont 97,25 % dans les océans et les mers. Rare, car l’eau douce représente 2,75 % de cette masse, soit 39 millions de km3. » « Or, la notion de rareté fait immédiatement référence à la science économique dont l’objet principal est de pouvoir gérer de manière optimale les ressources rares. Mais l’eau ne peut évidemment se limiter à un bien économique tant elle est synonyme de vie aussi bien pour l’espèce humaine que pour la faune et la flore qui peuplent notre planète. Il s’agit par conséquent tout autant d’un bien social que d’un bien environnemental ». En outre il faut faire face à la croissance démographique, aux inégalités géographiques et à l’importante détérioration de la qualité de l’eau. C’est dire que pour garantir l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous, d’importants investissements sont nécessaires. « Ce sont plusieurs milliers de milliards d’euros qui sont en cause sur longue période… Pour autant, l’ampleur des investissements à réaliser constitue un formidable vecteur d’activité économique générateur de création de valeur, de croissance et d’emplois, tant au plan local qu’international. »

L’environnement à l’horizon 2050 et les conséquences (désastreuses) de l’inaction

Dans sa dernière étude sur l’environnement à l’horizon 2050 [3], l’OCDE reprend (à juste titre) l’argumentaire utilisé la semaine dernière par la Commission européenne sur le coût de l’inaction en matière environnementale [4]. « D'ici à 2050, la population de la planète devrait passer de 7 milliards à plus de 9 milliards, et l'économie mondiale devrait presque quadrupler, entrainant une demande croissante en énergie et ressources naturelles. » Or, « Une économie mondiale quatre fois plus importante qu’aujourd’hui verra sa consommation d’énergie augmenter de 80 % à l’horizon 2050. Faute de politiques plus efficaces, la part des énergies fossiles dans le bouquet énergétique mondial devrait demeurer aux environs de 85 %. » Dans cette hypothèse, d’ici à 2050, les changements climatiques vont s’aggraver et devenir irréversibles, l’appauvrissement de la biodiversité se poursuivra, les ressources en eau douce subiront des pressions accrues et la pollution atmosphérique deviendra la principale cause environnementale de décès.

Cependant, d’autres politiques peuvent contribuer à inverser ces tendances :

·       Rendre la pollution plus coûteuse que les solutions vertes (écotaxe, systèmes d’échange de permis d’émission…)

  • Veiller à ce que les prix reflètent mieux la valeur du patrimoine naturel (tarification de l’eau, droits d’entrée dans les parcs…)
  • Supprimer les subventions aux énergies fossiles (45 à 75 Mds$ par an dans les pays de l’OCDE, 400 Mds dans les économies émergentes et en développement)
  • Concevoir des réglementations et des normes efficaces (protection de la santé et efficacité énergétique)
  • Encourager l’innovation verte.

De telles politiques peuvent être mises en œuvre dès à présent « afin de placer le monde sur la voie d’un développement plus durable ».

Vous avez dit long terme ? Que diriez-vous d’obligations perpétuelles ?

Selon l’agence Reuters, le Royaume-Uni envisage d’émettre des obligations à 100 ans, voire perpétuelles [5]. L’idée est de profiter des taux actuels particulièrement bas, inférieurs à 2%, pour alléger le poids futur de la dette. Actuellement, la plus longue échéance britannique est de 50 ans et les récentes émissions ont facilement trouvé preneurs à un taux inférieur à 3%. La dernière émission d’obligations perpétuelles du Royaume-Uni remonte à la fin de la 1ère guerre mondiale, mais les premières datent du 18ème siècle. En France, une rente perpétuelle à 3% émise en 1825 pour dédommager les « émigrés » est restée cotée en bourse jusqu’en… 1987 !

Aujourd’hui, les obligations perpétuelles sont en général pourvues d'une date à partir de laquelle l'émetteur peut les rembourser par anticipation, le « call ».  Elles sont assimilées à des quasi fonds propres. Mais les obligations avec une échéance de plus de 50 ans sont rares. Le Mexique et l'Institut de Technologie du Massachusetts (MIT) sont parmi les émetteurs d’obligations à 100 ans.

Le Bureau de gestion de la dette (Debt Management Office) va lancer une consultation  cette semaine afin d’évaluer l’appétit des investisseurs pour ces obligations de très long terme. Un rapport sera présenté dans les 3 mois. Si la conclusion était positive, l’émission pourrait intervenir au cours de la prochaine année fiscale (à partir du 1er avril). Ceci permettrait de diversifier le portefeuille de dettes de la Grande-Bretagne, qui a déjà une maturité assez longue, d’environ 10 ans.

Jean-Robert Léonhard, Chargé de mission, Confrontations Europe



[1] Document réservé aux professionnels abonnés au site www.MorningstarPro.fr.

[4] Voir le long terme N° 24 « Faire des économies et créer des emplois en protégeant l’environnement »

 


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