CHRONIQUE "Investissement de long terme": Le long terme au jour le jour, n°58

Le Traité de l’Élysée, une construction sans lyrisme, une vision d’avenir

En lisant le Traité de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963 par le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer, on est frappé par son caractère austère [1]. Pas le moindre lyrisme, il n’y est question que de l’organisation et des domaines de la coopération : Affaires étrangères, Défense, Éducation et Jeunesse. Vous n’y trouverez pas de référence à la réconciliation franco-allemande, on est là pour agir dans le concret. Mais la vision d’avenir est présente, lorsqu’il déclare par exemple : « Toutes les possibilités seront offertes aux jeunes des deux pays pour resserrer les liens qui les unissent et pour renforcer leur compréhension mutuelle. » Malgré les intempéries et les divergences « L’Agenda  franco-allemand 2020 » pouvait affirmer : « Au cours des décennies successives, le partenariat franco-allemand fondé sur des valeurs communes, un patrimoine culturel commun et des liens étroits entre les réseaux dans le domaine de la société civile a été capable d’évoluer pour apporter des réponses adaptées aux défis auxquels étaient confrontés nos deux pays. » [2] Ne nous privons pas de toute envolée lyrique. C’est Romain Rolland qui déclarait : « La France et l’Allemagne sont les deux ailes de l’occident. Qui brise l’une empêche l’autre de voler. » Aujourd’hui nous serions moins ambitieux et remplacerions « occident » par Europe ». Dans « L’âme enchantée », il écrivait : « Agir c’est croire ».[3]

 

Pascal Lamy veut placer la gouvernance mondiale sur le terrain des valeurs

Homme de conviction et d’action, Pascal Lamy livre son analyse de la gouvernance mondiale dans cette tribune de Notre Europe [4]. La gouvernance mondiale se heurte à des difficultés spécifiques dans le système westphalien des États nations souverains. Des progrès ont cependant été accomplis « depuis la création de l’Union internationale des télégraphes (UIT) vers 1860 jusqu’à la Cour pénale internationale (CPI) en 1998. » Mais depuis le milieu des années 90, cette construction progressive d’une gouvernance internationale est entrée en crise, pour deux raisons principales : la montée en puissance des pays émergents qui acceptent la globalisation économique mais pas politique, la crise économique qui raidit les égoïsmes nationaux. Tout en renonçant à l’espoir d’un big bang de la gouvernance globale, des pistes de progrès existent : le triangle G20/Nations Unies/Organisations internationales pourrait produire « des impulsions et une certaine cohérence » ; il faudrait s’attacher à l’application et au contrôle des règles existantes ; favoriser la soft regulation dans les domaines non couverts (énergie, taxation, migrations, cyber-sécurité) ; favoriser les intégrations régionales ; utiliser les NTIC pour « générer de la gouvernance diffuse …, un sentiment d’appartenance planétaire des sociétés civiles, sans lequel toute forme de gouvernance globale risque de demeurer désincarnée ».

Mais tout ceci ne suffira pas à promouvoir un nouveau « contrat social ». Alors, Pascal Lamy fait un rêve : « Et si… les dirigeants nationaux réunis au G-20 se parlaient vraiment ? Je veux dire exposaient à leurs collègues quelles sont leurs conceptions du développement, de la justice sociale, de la souveraineté, de la soutenabilité environnementale ? Et s’ils exposaient ouvertement leurs contraintes politiques domestiques ? Et s’ils se parlaient de leurs rêves, de leurs cauchemars, de ce qu’est le bien ou le mal à leurs yeux, pour en comprendre les similitudes et les différences ? Et s’ils débattaient d’un nouveau modèle de croissance qui économiserait davantage les ressources rares, celles de la nature, et moins les ressources humaines, abondantes ? Je sais, je rêve. » Il est parvenu à la conviction qu’il manque pour avancer dans la gouvernance globale « un soubassement de valeurs communes de nature à porter une ambition partagée de civilisation. » Bien sûr, il est conscient des difficultés de la tâche, car elle provoquera des controverses philosophiques voire spirituelles redoutables. Mais, conclut-il, « Je crois néanmoins qu’emprunter cette face nord de la gouvernance globale est devenu incontournable. »

L’économie mondiale va doubler d’ici 2032, puis encore (presque) d’ici 2050

C’est ce que prévoit l’étude de PWC  sur le monde en 2050 [5], mais l’évolution se fera à deux vitesses : une croissance annuelle moyenne de 4% pour les émergents et de 2% pour les pays développés. La crise a accéléré le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale en freinant la croissance de ces derniers. D’ici 2050, la Chine, les Etats-Unis et l’Inde conforteront leur suprématie (la Chine devançant les États-Unis en parité de pouvoir d’achat dès 2017, puis en taux de change en 2027), loin devant le Brésil et le Japon. La Russie, le Mexique et l’Indonésie pourraient dépasser l’Allemagne (passant du 5ème au 9ème rang) et le Royaume-Uni (du 9ème au 11ème) ; la Turquie, supplanter l’Italie ; et le Nigeria, faire son entrée dans le Top 20, tout comme le Vietnam et l’Afrique du Sud à plus long terme. La France passerait du 8ème au 10ème rang. Quels sont les risques pour les marchés émergents ? : le déficit budgétaire en Inde et au Brésil, la dépendance aux revenus des hydrocarbures pour la Russie et le Nigéria, les tensions sociales dues à la hausse des inégalités en Chine. Une difficulté commune à tous : la pression sur les ressources naturelles en général et les changements climatiques liés à la consommation d’énergie en particulier. Il est déjà peut-être trop tard pour limiter le réchauffement à 2°. D’ailleurs…

 

… Même le forum de Davos se saisit du risque climatique (parmi d’autres)

Sous le titre « Global Risks 2013 » le Forum économique mondial de Davos publie les résultats d’une enquête auprès de 1000 experts sur le panorama des principaux risques mondiaux [6], en distinguant leur probabilité et leur impact. « Le risque global que les répondants ont classé le plus susceptible de se manifester au cours des 10 prochaines années est une grave inégalité des revenus, alors que le risque considéré comme ayant le plus d'impact s’il se réalisait est une importante panne du système financier. Deux risques figurent dans le top cinq à la fois de l'impact et de la probabilité - les déséquilibres budgétaires chroniques et une crise des ressources en eau. » À partir des résultats de l’enquête, le rapport construit trois scénarios de risque : la combinaison d’une crise économique et environnementale dont la simultanéité provoquerait le « perfect global storm » ; la propagation d’un incendie numérique dans un monde hyperconnecté comparable à la panique répandue par Orson Wells en 1938 lorsqu’il fit croire au débarquement des martiens en lisant La guerre des mondes à la radio ; les risques de pandémies devant l’impuissance croissante des antibiotiques. Le salut de l’espèce humaine viendra-t-il de l’espace ? Le rapport ne le dit pas mais conclut ainsi son Executive Summary : « La preuve de l'existence de la vie ailleurs dans l'univers pourrait avoir de profondes implications psychologiques pour les systèmes de croyance de l'homme. »

 

La FAIDER a organisé Les États Généraux de l’Épargne

Forte affluence à la Maison de la Chimie, ce 15 janvier, pour Les États Généraux de l’Épargne organisés par la Fédération des Associations Indépendantes de Défense des Épargnants pour la Retraite (FAIDER). Ces travaux avaient été préparés par 4 commissions conduisant à 4 tables rondes : Financer l’économie et développer les investissements à long terme ; Rétablir la confiance des épargnants ; Épargne retraite et gestion à long terme ; Adapter la fiscalité au développement de l’épargne longue et au financement de la croissance. L’esprit des travaux est donné par cet extrait du premier rapport : « Si nous voulons l’emploi et la retraite pour tous, l’épargne utile c’est maintenant ! Cette épargne utile est en effet la condition sine qua non de nos emplois de demain et de ceux de nos enfants – lesquels emplois serviront à financer nos retraites. » Les actes de ces États Généraux paraîtront prochainement sur le site de la FAIDER [7].

Jean-Robert Léonhard, Confrontations Europe

 

 

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Le long terme au jour le jour n°58

 


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