CHRONIQUE "Investissement de long terme": Le long terme au jour le jour, n°61

Autres temps, autres mœurs, réflexion à propos d’un budget

« Les valeurs ont chuté à des niveaux fantastiques ; les taxes ont augmenté ; notre capacité à payer s'est effondrée ; partout les gouvernements font face à de sérieuses réductions de revenus ; les moyens d'échanges sont bloqués par le gel des courants commerciaux ; les feuilles mortes des entreprises industrielles jonchent partout le sol ; les fermiers ne trouvent plus de marchés pour leurs produits, et pour des milliers de familles, l'épargne de plusieurs années s'est évaporée. Plus important, une foule de citoyens sans emploi se trouve confrontée au sinistre problème de sa survie, et à peu près autant triment pour un salaire misérable. »

Ce diagnostic terrifiant fut prononcé le 4 mars 1933 par Franklin Delano Roosevelt, lors de son discours d’investiture[1]. Il fallait réagir. Ce fut le « New deal ». On peut discuter de sa réelle efficacité à l’époque. On peut douter de son adaptation à la situation d’aujourd’hui. Mais on ne peut nier qu’il y avait un projet et une volonté.

Quel rapport avec le budget européen ? Aucun, justement !

Pour une stratégie industrielle européenne fondée sur la coopération

C’est le « Point de vue » présenté par Anne Macey, dans La Fabrique de l’industrie » du 6 février[2]. Elle souligne que « le cœur du problème de la croissance, de la compétitivité et de l’emploi, c’est l’industrie. » Or, avec d’autres pays du sud, la France a « sombré dans l’utopie d’une « terre sans usine », alors que d’autres, comme notre grand partenaire, l’Allemagne, polarisent l’industrie en Europe. » Et ce « grand écart » menace davantage l’Europe que les dettes souveraines. Pour que les Européens maîtrisent leur destin dans la mondialisation, tous les pays de l’Union doivent pouvoir s’appuyer sur une base industrielle. Mais il y faudra de la solidarité « pour éviter les ruptures et sécuriser les parcours », et surtout de la coopération, car « comment espérer s’en sortir dans un espace européen non-coopératif, alors que les industries nationales se livrent une concurrence souvent frontale, autodestructrice ? » Dans ce but, elle rappelle 6 recommandations soutenues par Confrontations Europe :

- développer des politiques communes de formation professionnelle et continue et de mobilité qui ne soient plus déconnectées de la production…

- démultiplier les coopérations industrielles dans tous les secteurs, sur tous les territoires…

- nouer un Pacte européen de solidarité énergétique et développer une véritable politique numérique pour l’Europe…

- créer le cadre propice au financement des investissements de long terme…

- donner à l’Europe une stratégie d’action économique extérieure..

- créer un gouvernement économique de la zone euro ouvert aux autres… 

Paris Europlace appelle la relance du financement des entreprises en urgence

Le rapport que vient de présenter Paris Europlace s’intitule : «  Financement des entreprises et de l’économie française : pour un retour vers une croissance durable »[3]. Malgré son taux élevé (16,4% du PIB), l’épargne française est insuffisamment orientée vers le financement des entreprises. Alors que « les banques sont la principale source de financement des entreprises françaises… la France est, aujourd’hui, confrontée à un risque de fragilisation du système de financement des entreprises, particulièrement des PME et ETI. » Et ceci en raison de la réduction progressive des financements bancaires (qui pourraient passer assez rapidement de 76% à 60%) au moment même où les investisseurs institutionnels vont réduire leurs investissements longs (dans les deux cas sous l’effet de l’évolution de la réglementation). « Or, les besoins de financement sont croissants… L’objectif est de préserver l’indispensable cohérence des initiatives à prendre pour financer les entreprises, en mobilisant l’épargne et l’investissement, tout en préservant les avantages des processus d’intermédiation financière entre le crédit et les marchés.» Le rapport propose en conséquence trois pistes d’actions prioritaires :

- favoriser l’orientation de l’épargne vers le financement long terme des entreprises…

- renforcer la situation financière des entreprises, notamment des PME…

- consolider le rôle des acteurs financiers (préserver les atouts de la Banque Universelle et conforter les forces du « buy-side », assurance-vie et gestion d’actifs ; renforcer la filière finance de marchés ; développer la titrisation).

Dans sa conclusion, Gérard Mestrallet , Président de Paris EUROPLACE, PDG de GDF Suez, lance un appel : « Une action urgente et déterminée s’impose de la part des pouvoirs publics, si l’on veut éviter un déficit de financements stables des forces productives de l’économie, permettre aux entreprises d’accéder plus largement aux marchés, et ne pas accroître le risque d’une perte de notre souveraineté économique. »

La Chine, encore ? Encore, oui, et sans doute pour longtemps !

Au moment où la Chine entre dans l’année du Serpent, la BCE publie une étude sur « La croissance économique chinoise et son rééquilibrage »[4]. Simple coïncidence, encore que dans l’horoscope chinois, le serpent soit associé à la sagesse, la réflexion, la longévité… et le changement, puisqu’il sait changer de peau. « Il existe un large consensus, y compris en Chine, sur le fait que le modèle de croissance exclusivement orienté vers la production qui prévaut encore dans le pays n'est pas viable à long terme. » Le maintien du modèle actuel présente les risques d’une épidémie de faillites d’entreprises, d’effondrement systémique des banques et de troubles sociaux. Certes, « les facteurs fondamentaux qui sous-tendent la croissance en Chine sont susceptibles de continuer à la soutenir, du moins sur le moyen terme… Néanmoins, comme le potentiel de croissance ralentit progressivement, les déséquilibres seront plus difficiles à gérer. » Des réformes sont donc nécessaires : « Le secteur privé devra fonctionner avec des marges bénéficiaires réduites en raison de l'augmentation du coût du capital et du travail… Les institutions financières devront assurer une répartition plus efficace des capitaux… dans un environnement où les distorsions de prix et d'information peuvent entraîner des pertes importantes et faire courir des risques à la stabilité financière… Le développement d’un système de sécurité sociale et de redistribution des revenus doit être poursuivi… ». L’étude conclut : « Le temps est venu pour la Chine d'accélérer la mise en œuvre de son programme de réforme. Les autorités chinoises sont bien conscientes des défis à venir… {mais} dans le même temps, la résistance politique et les intérêts particuliers dressent des obstacles à la mise en œuvre des réformes. L'histoire montre cependant que les décideurs politiques devraient agir de façon préventive…». Le serpent saura-t-il faire preuve de sagesse et de capacité d’adaptation ? À suivre, car son comportement nous concerne aussi.

En 2113, les systèmes experts n’auront pas complètement remplacé les médecins

Futuribles signale qu’à l’occasion de son 200ème anniversaire, le New England Journal of Medicine a invité plusieurs chercheurs à « Un aperçu des 100 prochaines années en médecine »[5]. Bonne nouvelle : « Dans les décennies à venir, le rythme des découvertes biomédicales va s'accélérer. » La nouveauté est que ces progrès seront rendus possibles  « en raison de bases de données énormes sur de grandes populations, avec des millions d’informations sur chaque personne ». Ceci permettra de définir des profils-types et des catégories très fines de malades. « Des algorithmes complexes mais empiriquement validés seront intégrés dans des dossiers de santé électroniques comme outils d'aide à la décision pour faciliter les soins aux patients tous les jours…. Ces algorithmes seront entièrement issus des données, et non pas de l'opinion d'experts, des incitations du marché, ou du consensus de comités… » Amis du contact personnel, rassurez-vous, les patients auront toujours besoin de professionnels de santé pour se soigner.


Jean-Robert Léonhard,
Confrontations Europe

 

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