CHRONIQUE "Investissement de long terme": Le long terme au jour le jour, n°62

 

Qu’est-ce donc que le long terme ?

Il serait temps de se poser la question après 16 mois de cette chronique (le premier numéro date du 21 septembre 2011) ! Alfred Marshall, dont on dit qu’il a introduit la dimension du temps en économie, déclarait sagement, en 1890, « Bien entendu, il n’existe pas une ligne de séparation bien définie entre les « longues » et les « courtes » périodes. »[1] Mais il définissait cependant la « courte » période comme celle au cours de laquelle l’adaptation de la production à la demande se fait à équipements constants, alors que la « longue » période est caractérisée par la modification des équipements pour transformer la nature et le volume de l’offre [2]. Bonne piste pour nous qui sommes dans l’attente du Livre vert sur le financement de long terme de l’économie européenne.

À propos de temps, nous venons de fêter les 80 ans de l’horloge parlante, née le 14 février 1933. Les locutions enregistrées pour prononcer l’heure permettront encore d’annoncer le 4è top jusqu’en 2085. C’est aussi ça le long terme, une succession d’un grand nombre d’instants. Mais qu’est-ce qu’un « grand nombre » ?

 

Finance de long terme et croissance économique

François Calonne signale ce rapport du Groupe des 30 (G30), présidé par Jean-Claude Trichet [3]. La définition de l’investissement de long terme ne dépayserait pas Alfred Marshall, 123 ans plus tard : « L’investissement de long terme est la dépense en actifs corporels et incorporels pouvant accroître la capacité productive de l’économie. » Observant les 9 économies qui représentent collectivement 60% du PIB mondial, le G30 prévoit que leurs investissements annuels passeront de 11,7 trillions de dollars en 2010 à 18,8 en 2020 « pour atteindre des niveaux de croissance économique même modérés. » Or, « si des réformes ne sont pas entreprises, nous allons probablement faire face à des pénuries importantes de financement dans les prochaines années ». Le financement de long terme doit respecter 4 principes : « (1) canaliser l’épargne des ménages et des entreprises vers les financements adéquats à maturité longue… ; (2) … être fourni par des entités engagées à long terme… ; (3) offrir un large éventail d’instruments financiers… ; (4)… promouvoir la croissance  économique à travers des flux stables de financements à long terme transfrontaliers, soutenus par une régulation mondiale appropriée. » Mais ces conditions ne sont pas réunies. Notamment, « Les investisseurs potentiels de long terme sont de plus en plus contraints dans leur capacité à fournir des financements. »  En outre, trois grandes tendances sont susceptibles de restreindre l’offre future de financement de long terme : le désendettement des banques et la nouvelle régulation, l’assainissement budgétaire, le vieillissement de la population. Pour lever ces obstacles, le G30 définit 5 principaux objectifs (et 15 propositions) : « 1. S'assurer que les investisseurs sont mieux en mesure de prendre un horizon à long terme dans leurs décisions d'investissement… 2. Créer de nouveaux intermédiaires et instruments … 3. Développer des marchés de dette et de capitaux propres… 4. Veiller à ce que les flux transfrontaliers assurent l'allocation efficace du capital à l'investissement à long terme… 5. Renforcer l'analyse systémique en définissant la future politique de régulation... ». Vaste programme, mais pertinent.

 

Un rapport du Sénat sur l’avenir de la planification stratégique

Le 5 décembre dernier, le Sénat et le CESE avaient organisé une manifestation commune sur « l’avenir de la planification stratégique ». Jean-Pierre Moussy nous communique la publication intégrale de ces débats et le compte-rendu de la réunion de la délégation à la prospective du Sénat, le 6 février 2013 [4]. Voici les points clés retenus par son président Joël Bourdin :
« - En dépit – ou à cause – de la multitude actuelle de structures de veille, d’analyse et d’évaluation, les décideurs publics ont du mal à disposer de repères de long terme…
- La nécessité de penser à moyen et long termes les politiques, plutôt que d’agir dans l’immédiateté…
- La prospective repose sur le postulat que le futur n’est pas écrit d’avance mais qu’il doit être construit par tous ses acteurs, dans le cadre des avenirs possibles.
- Le futur ne doit pas se penser qu’au niveau national, il relève aussi du niveau des territoires…
- La planification stratégique à réinventer suppose de laisser davantage de place à la concertation et au dialogue social…
- La culture de l’évaluation des politiques publiques reste faible dans notre pays alors qu’elle conditionne une gouvernance transparente et équitable… »
Peut-être vous souvenez-vous que cette manifestation coïncidait avec la remise du rapport de Mme Yannick Moreau « Pour un commissariat général à la stratégie et à la prospective » [5]. Cette proposition a été adoptée par le Gouvernement et il est prévu que le décret de création soit adopté au Conseil des ministres du 6 mars.

Le 7 février, l’Af2i fêtait la rentrée et son 10ème anniversaire

L’Association française des investisseurs institutionnels (Af2i) a été officiellement créée en juillet 2002, mais a commencé ses travaux début 2003 [6]. C’est donc naturellement qu’elle a profité de sa traditionnelle réunion de rentrée pour fêter son 10è anniversaire. Elle compte, fin 2012, 76 membres, représentant près de 1 700 milliards d’euros d’actifs gérés, soit plus de 85% des encours des investisseurs institutionnels. Sa mission est de « fédérer tous les acteurs économiques concernés par les procédures et techniques de gestion institutionnelle d’actifs, quelle que soit leur famille d'appartenance : retraite, prévoyance, mutuelle de santé, assurance, association, fondation, corporate, institution spéciale... » Pour 2013, l’Af2i a défini un axe stratégique : « La promotion de l’investisseur de long terme avec ses référentiels spécifiques prudentiels et comptables et financier ainsi que son alter ego l’établissement de crédit à moyen et long terme. » Invité d’honneur, M. Steven MAIJOOR, Président de l’Autorité Européenne des Marchés Financiers (ESMA) a présenté le programme des travaux de son institution [7].

Lutter contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices

Ce rapport de l’OCDE, préalable au G20 [8], montre que « L’érosion de la base d’imposition fait peser des risques réels sur les recettes, la souveraineté et l’équité fiscales… » En fait, « les principes internationaux communs, inspirés des expériences nationales de partage de la compétence fiscale, n’ont peut-être pas évolué à la même vitesse que l’environnement des affaires ». Résultat : « Alors que les entreprises multinationales pressent les États de coopérer pour élaborer des normes internationales permettant de limiter la double imposition résultant de divergences entre les règles fiscales nationales, elles sont promptes à tirer profit de ces différences lorsqu’elles leur donnent la possibilité d’échapper à l’impôt ou de le réduire sensiblement. » Ceci est susceptible de fausser la concurrence, mais aussi « risque d’aboutir à une inefficience de l’allocation des ressources sous l’effet d’une distorsion des décisions d’investissement qui aboutirait à privilégier les activités présentant les taux de rendement avant impôt les plus faibles, mais les taux de rendement après impôt les plus élevés. » Naturellement, des réponses nationales seraient insuffisantes et il faut « Élaborer un plan d’action de portée mondiale pour résoudre le problème de l’érosion de la base d’imposition et du transfert de bénéfices. »

Jean-Robert Léonhard, Confrontations Europe



[1] Principes d’économie politique, Tome II, page 70. Site Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24506s/f74.image.r=

[2] Idem, pages 162 et 163.

[5] Voir Le long terme au jour le jour N° 54 du 9 décembre 2012.

[6] www.af2i.org

 

 

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Le long terme au jour le jour n°62

 


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