CHRONIQUE "Le long terme au jour le jour" n°64

 

Le plaisir de chercher, la joie de trouver, le bonheur de partager

Pierre-Gilles de Gennes décrit ce couple sulfureux : la recherche fondamentale et la recherche appliquée [1]. Celle-là veut savoir comment fonctionne le monde, indépendamment de toute retombée. Celle-ci veut obtenir un produit nouveau, remplir une fonction qui est mal assumée, aider les gens à mieux vivre… « Si un extraterrestre nous observe, il notera que les hommes ont imaginé les trous noirs, mais il notera aussi que nous avons pensé à la fermeture éclair ». Le trou noir et la fermeture éclair se rencontrent-ils parfois ? Bien sûr. « L’étude des propriétés électroniques des corps solides porte en germe l’invention du transistor, le développement fabuleux de la micro-électronique et de la micro-informatique… ». Mais les avantages sont mutuels. Parfois c’est la recherche industrielle qui met la recherche fondamentale sur une bonne piste. « De l’industrie viennent des suggestions, des questions provocantes. C’est une partie de tennis. » Le livre en référence avait été écrit après que l’attribution du prix Nobel de physique en 1991 ait permis à Pierre-Gilles de Gennes de visiter 150 lycées pour y entretenir la « petite flamme » de curiosité et d’enthousiasme pour la science. Éducation, recherche, industrie, beau triptyque !

 

France : à la recherche de la compétitivité perdue

Cette note de BNP Paribas rédigée par Hélène Baudchon [2] part d’une appréciation plutôt positive du pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi (PCCE) car il constitue « … un pas dans la bonne direction qui devra être suivi d’autres. Il dit ce qu’il faut faire, reste à faire ce qu’il dit. » Mais l’état des lieux est préoccupant. « Les échanges extérieurs de marchandises sont, en effet, passés d’un solde légèrement excédentaire en 2002 (de 4 Mds€, soit +0,2% du PIB) à un solde lourdement déficitaire en 2011 (de 74 Mds€, soit -3,7% du PIB), un record. » Il est vrai que la facture énergétique est passée de 22 Mds€ en 2002 à 63 Mds en 2011, mais elle n’explique pas tout : « … le solde sur les échanges de produits manufacturés est passé d’un excédent de 15 Mds€ en 2002 à un déficit de 33 Mds en 2011 ». Compte tenu de son positionnement en milieu de gamme, la France est entrée dans un  processus auto-entretenu : Faible niveau de gamme ® Faiblesse des prix de vente ® Faiblesse des marges bénéficiaires ® Capacité d’investissement et d’innovation limitée ® Faiblesse de la production ® Perte de parts de marché ® Faiblesse des prix de vente ® etc. Concernant la compétitivité-coût, la note estime que, malgré son intérêt, le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) de 20 Mds€ « n’apporte qu’une réponse partielle aux difficultés des entreprises et que beaucoup dépendra de la réforme à venir du financement de la protection sociale. » En outre, « le CICE n’entre en vigueur qu’en 2014. Les montants engagés sont relativement modestes et étalés dans le temps. Il y a une contradiction entre l’état des entreprises, jugé préoccupant et nécessitant d’agir vite et fort via une thérapie de choc, et le traitement différé et dilué. » Concernant la compétitivité hors coût, l’auteur apprécie «  que les huit leviers de compétitivité identifiés et l’ensemble des trente-cinq décisions qui en découlent couvrent nombre des points faibles de la France… », et que le PCCE adopte une approche globale du problème, mais insiste pour que « toutes les mesures prévues soient mises en œuvre et sans tarder, car elles ne porteront leurs fruits que lentement et à long terme. » En conclusion, « … la France n’a pas un problème de compétitivité-coût ou un problème de compétitivité hors coût : ces deux problèmes sont indissociables, et la France souffre des deux… toute la difficulté est de soutenir l’offre (la compétitivité des entreprises) sans trop pénaliser la demande (le pouvoir d’achat et la consommation des ménages). C’est ce à quoi s’attelle le gouvernement. Utopique ? Pas tant que cela. » Acceptons-en l’augure !

Accord au Conseil sur la « Garantie jeunesse »…

Non, il ne s’agit pas (encore) de garantir à tous les Européens, l’éternelle jeunesse. Mais les ministres de l’Emploi et des Affaires sociales se sont mis d’accord, le 28 février, sur un projet de recommandation du Conseil portant sur l’établissement d’une garantie pour la jeunesse dans chaque État membre dès 2014 [3]. Par définition, la recommandation n’est pas contraignante pour les États membres. Mais elle les invite à présenter des « offres de bonne qualité » de stage, formation ou emploi à tous les chômeurs de moins de 25 ans quatre mois après la perte de leur emploi ou leur sortie de l’école. Au Parlement européen, les groupes des socialistes, des libéraux et des verts se sont réjouis de la décision des ministres. Pervenche Berès (S&D, FR), Présidente de la Commission de l’emploi et des affaires sociales, a notamment déclaré : « Nous nous réjouissons de ce premier outil européen en faveur des jeunes. C’est une première réponse non seulement au chômage des jeunes qui touche aujourd’hui 23,4% d’entre eux mais, au-delà, à la nécessaire dimension sociale de la sortie de crise de l’union économique et monétaire. En cohérence, le Parlement européen se battra pour que le Fonds social européen (FSE) permette de financer cette garantie sans déshabiller les autres politiques de solidarité en étant sanctuarisé à un minimum de 25% du budget de la politique de cohésion. »

… mais il faut aussi accompagner le vieillissement des aînés en ville

En 2035, les personnes de plus de 75 ans représenteront 13,6% de la population française, contre 8,5% en 2007. Comment la ville peut-elle accompagner le vieillissement en bonne santé des aînés ? Cette note du CAS [4] « propose quelques pistes concrètes pour encourager les villes françaises à s’inscrire dans la démarche OMS » intitulée « Villes-amies des aînés ». « L’analyse des bonnes pratiques françaises et étrangères met en évidence quatre priorités, plus larges que la seule question de l’accessibilité : apporter des micro-adaptations au territoire de vie {adapter la voirie, les transports, le mobilier urbain…} ; organiser l’accès aux services {regrouper les services, les amener au-devant des usagers, mobiliser les transports existants} ; planifier la ville dense de demain {lutter contre l’étalement urbain, identifier les quartiers à adapter et à densifier prioritairement} ; soutenir l’activité des seniors et des personnes âgées {promouvoir des activités de loisirs, sportives et culturelles, favoriser l’engagement des aînés dans la vie sociale} ». Tout ceci est fort bon, mais quelle place pour les jeunes et plus largement pour les « non vieux » ? La note conclut que « La clé du succès tient à la mobilisation du plus grand nombre autour de telles démarches. Celles-ci gagneront en légitimité auprès de la population si elles reposent sur des solutions universelles, valables pour l’ensemble des citoyens. De tels projets pourront ainsi répondre aux besoins des aînés, tout en améliorant le bien-être de tous. »

Pour un « New Deal » numérique

Est-ce un signe ? Il ne me reste que 7 lignes pour vous parler de cette étude de l’Institut Montaigne. Juste de quoi vous donner son adresse sur la toile [5],  vous citer ses trois chapitres (I. Le numérique facteur de croissance et de compétitivité – II. Le numérique au service de l’action publique – III. L’éducation et la santé : deux domaines d’excellence prioritaires), et vous donner envie de la consulter en citant la dernière phrase de son introduction : « Le moment d’agir n’est pas derrière nous, au contraire ; la France est une terre du numérique et par ce prisme, c’est l’avenir de notre pays tout entier qui se joue. »

Jean-Robert Léonhard, Confrontations Europe



[1] Pierre-Gilles de Gennes - Jacques Badoz ; Les objets fragiles ; Plon, 1994, pages 32 et suivantes.

[4] www.strategie.gouv.fr/content/vieillissement-espace-urbain-na-323

 

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Le long terme au jour le jour n°64

 


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