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Interface n°16, avril 2006.
L’urgence
d’une politique énergétique européenne
La nécessité d’une politique énergétique et
la construction du marché unique de l’énergie sont au cœur du débat
européen en 2006. Notre dépendance vis-à-vis de
la Russie
pour le gaz, la flambée des cours du pétrole, le changement
climatique, tout conduit à prendre conscience des enjeux.
L’Europe doit renforcer sa sécurité d’approvisionnement, réduire
ses émissions de CO², investir, maîtriser les prix et la
consommation.
Le sommet d’Hampton Court en
2005 a
relancé l’hypothèse d’une politique commune.
La Commission
européenne a publié un Livre Vert intitulé « Une stratégie
européenne pour une énergie sûre, compétitive, et durable ».
Une enquête approfondie sur les ententes et la formation des prix
est menée dans le cadre de la politique de la concurrence.
Confrontations Europe organise un colloque européen le 11 mai 2006
(voir ci-contre) pour contribuer au débat public sur ce thème
crucial.
Trois grandes questions seront examinées :
1- Le Marché. Personne ne nie clairement la nécessité d’un grand
marché, en tout cas ni les opérateurs, ni les grands
consommateurs, ni les Etats. Et pourtant on peut s’interroger sur
la vérité des engagements. La formation d’oligopoles entre
champions nationaux et les préoccupations concernant la
tarification des échanges transfrontières ne manquent pas
d’interroger. N’y a-t-il pas une préférence pour les marchés
régionaux au détriment de l’objectif de marché unique ? Il
est juste que
la Commission
se préoccupe des conditions de la concurrence, mais avec quels critères ?
Ni la formation des prix, ni les investissements, ni le traitement
des émissions de CO² ne paraissent satisfaisants. C’est pourquoi
le débat doit porter aussi sur la pertinence et la coordination des
régulations nationales, et sur les besoins d’une régulation
communautaire ambitieuse et effective.
2-
Les interconnexions des marchés nationaux. L’objectif de
10 % avancée lors du Conseil européen de Barcelone n’est pas
encore atteint. Quels sont les jalons d’une intégration des systèmes
électriques ? Le débat sur le bien-fondé de ces
investissements est réouvert. Ou
bien est-ce surtout la gestion des interconnexions existantes qui
fait problème ? Ces questions sont au cœur des contradictions
entre régulations nationales. Ne faut-il pas alors créer un organe
européen chargé de réguler les échanges transfrontières ?
3-
La politique de l’énergie. Ni la concurrence, ni la régulation
- à supposer qu’elles soient bien conçues et effectives - ne
suffisent, si les divergences entre Etats concernant le choix des
sources énergétiques perdurent. La diversité est nécessaire.
Encore faut-il une complémentarité, une cohérence. Il nous semble
que les Etats, soutenant leurs champions nationaux, ont tendance
avec eux à considérer que c’est aux forces du marché de guider
ces choix. Mais, les signaux de marché ne sauraient, dans l’énergie,
assurer seuls les investissements et leur pertinence. Et la
politique des uns peut mettre les autres en difficulté. Deux
questions criantes sont notamment posées. Celle du nucléaire :
de nombreux pays dans le monde en considèrent la nécessité. En
Europe, la division règne. Nous devrions au moins partager les
conditions communes de son acceptabilité, concernant la sûreté et
le traitement des déchets, comme l’avait courageusement tenté
l’ancienne Commission. Celle du gaz et du lien à
la Russie
: il ne s’agit pas seulement de tenter de parler d’une
seule voix avec ce géant, mais de définir laquelle. Une offre de
coopération industrielle devrait s’accompagner d’options
claires sur la maîtrise de la régulation de notre marché intérieur
et de l’accès à ses réseaux.
Philippe Herzog
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