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Interface n°18, juin 2006.
Des
contradictions et comment les dépasser
Un an après le rejet de
la Constitution
européenne dans deux pays fondateurs de l’UE, la perspective de
sortie de crise n’apparaît pas, mais les contradictions
s’expriment, et on peut imaginer des voies pour les dépasser.
M. Juncker a
bien raison de demander à
la France
et aux Pays-Bas de faire des propositions, et de délimiter leur
cadre : respecter tous ceux qui ont dit oui exclut une renégociation
totale, en retour ils prendront en compte les préoccupations exprimées.
M. Schüssel a appuyé cet avis. Le Parlement européen a très
largement réitéré son exigence d’un texte global reprenant les
avancées du projet initial. Ainsi les Français sont-ils appelés
à clarifier leur position dans le contexte des élections de 2007.
D’autre part, beaucoup d’Etats souhaitent une approche positive
des nouveaux élargissements, et il faut remiser la sinistre notion
de « capacité d’absorption » pour une précision des
conditions de la réussite.
J’ajoute qu’il est temps
d’ouvrir le débat avec les Britanniques, qui ne doivent pas être
exemptés de leurs propres responsabilités. Ils ont raison de
vouloir une « Europe globale », c’est-à-dire
s’inscrivant clairement dans la mondialisation avec des options
ouvertes ; mais ils ont grand tort de concevoir cela avec, à
l’intérieur de
la Communauté
, une compétition générale entre les Etats-nations. Eux aussi
devront ratifier un projet de traité visant une Europe politique.
La Commission
n’assume pas bien son rôle d’impulsion, face à ces
divergences inter-étatiques. Ce qu’elle verse au débat, en
particulier un « Livre blanc pour réformer la politique de
communication de l’UE » apparaît un peu comme une
diversion, un succédané, par rapport aux attentes et préoccupations
des Européens : redonner sens à l’Union. Par contre,
l’intention de consulter est bonne. Mais allons au fond : il
faut consulter sur et pour des projets mobilisateurs, proposer les
conditions d’une participation des citoyens – et non pas laisser
escompter de nouvelles caricatures de consultation référendaire.
Dans cet esprit,
Confrontations Europe livre ses idées et agit en imbriquant ces
deux exigences : le sens et la participation.
Nous demandons une refondation
de
la Stratégie
de Lisbonne autour de quatre objectifs :
1) un véritable budget européen
avec des ressources propres et une meilleure utilisation de l’épargne
pour financer les investissements immatériels et productifs.
2) L’accélération de la
formation du marché unique, qui nécessite la liberté de
circulation des personnes et la mise en œuvre de biens publics
européens, avec en priorité la mutation des systèmes éducatifs
pour permettre l’écoute des autres et l’ouverture au monde réel.
3) Des politiques
industrielles communes de recherche, d’innovation, de réseaux,
pour répondre à des choix sociétaux qui touchent aux préoccupations
des Européens (développement durable, santé, sécurité). 4) Une
relance massive du dialogue social européen en priorité pour
traiter les restructurations et la mobilité.
Concernant la
participation2, l’information doit
être accessible et lisible par tous. Elle doit donc être couplée
à une éducation européenne, aujourd’hui absente pour
l’essentiel.
La Commission
consulte, mais cela ne touche que ceux qui ont accès aux arcanes
bruxellois. Il faut créer les racines locales de la consultation et
les réseaux transfrontières du débat et établir un droit
d’expression pour chaque citoyen. Toute institution doit être
ouverte, et pouvoir être sanctionnée pour non respect de son
agenda. Il faut féliciter le Parlement européen pour l’exemple démocratique
qu’il vient de donner pour la directive Services.
Cherchons plus encore à fédérer
les efforts constructifs de tous les Européens !
Philippe
Herzog
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