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Philippe Herzog
COMECE – 10 octobre 2006
Et maintenant ? Les grands défis de l’avenir européen
A
– Un
diagnostic et une perspective à partager
Partager un diagnostic
-
C’est la première
fois dans l’histoire de l’humanité qu’est posée la question
d’une conscience de l’être ensemble (Morin).
-
De gros conflits
potentiels. Construire une société mondiale pacifique.
-
La révolution
informationnelle et la mondialisation
Internationalisation
de la production → déterritorialisation
Induservices
→ mutation des métiers et mobilité.
La
technologie et le savoir se partagent.
-
Les sociétés et la
culture sont nationales.
Cosmopolitisation
de fait / normative (Beck).
L’Europe au milieu du gué
-
La Communauté
d’après-guerre : paix et réconciliation.
Elargissements :
même mouvement, force de démocratisation.
-
La relance des années
80 face aux mutations.
-
Celles-ci frappent les
Etats-nations. L’Europe
au milieu du gué. La perspective : partager développement /
société / pouvoir politique.
-
Contradiction des sociétés :
enfermement et replis // nouvelles demandes d’Europe.
On
ne se sait pas responsables de l’Europe.
Modèles
en impasse : l’Etat souverain, le fédéralisme
supranational.
Respecter
les nations mais sortir de l’enfermement.
-
Accélération des
mutations dans les années 2000 // difficultés de l’Union. Elever
conscience et engagement.
Orientation
fondamentale : bâtir la société des Européens.
B
– Retrouver
les citoyens pour un nouveau contrat social et politique
Quels enseignements du référendum ?
-
Un grave malaise et
beaucoup d’irresponsabilité.
On
aspire à mieux d’Europe mais on ne s’en sent pas responsable et
on tire une croix.
-
Une grave perte
d’influence qu’on ne veut pas voir.
C’est
le moment d’un examen de conscience et d’un effort individuel et
collectif.
Le cas français et le moment 2007
GOUVERNER EN PARTENAIRES
La France
est à un moment clé de son histoire.
Malgré des efforts réels, elle n’a pas pris la mesure des
problèmes qui grèvent son avenir : les carences dans la
socialisation des jeunes et leur entrée dans la vie active, dans
l’accueil des immigrés, le vieillissement et la faiblesse du
potentiel de croissance, sont sources d’appauvrissement. L’Etat
n’est pas en mesure de résoudre ces problèmes, au contraire sa
structure et sa gouvernance les ont entretenus.
L’élection présidentielle
de 2007 est donc particulièrement importante. Nous devons exiger
des candidats, des partis et des médias un débat national
permettant de dégager un diagnostic et les responsabilités à
partager pour que
la France
se ressaisisse.
Aucune complaisance
n’est donc acceptable à l’égard de certains comportements qui
consistent à nier les réalités, ou à accuser le camp politique
d’en face d’être entièrement responsable des problèmes, ou
encore à chercher des alibis, en renvoyant la faute à l’Europe
et à la mondialisation. Ces comportements surfent sur des cultures
incrustées dans la société, en utilisant les images du modèle
social français et de
la République
française comme des oripeaux. Dans tous les pores de la vie nous
sommes des victimes trop souvent consentantes de l’élitisme républicain.
Exigeons des candidats
qu’ils clarifient leurs options et ne nous prennent pas en otages
de leurs idéologies et leurs intérêts. En fait il faudrait demain
qu’ils gouvernent en partenaires, et que notre société puisse
assumer des co-responsabilités individuelles et collectives dans la
préparation, la négociation, et la mise en œuvre des changements.
J’aime les prises de position en ce sens de syndicats, d’économistes,
de patrons, visant à créer un véritable dialogue économique et
social.
Nous avons besoin
d’un nouveau contrat social pour relever nos compétences, nos
qualifications, notre activité. Cela implique des réformes de l’école,
du marché du travail, de la retraite. Il faut développer la
mobilité des fonctionnaires, celle des salariés du public et du
privé ; faire la chasse aux frais improductifs ;
multiplier les partenariats public-privé, en brisant les barrières
par exemple entre l’école et les entreprises ; évaluer les
gestions publiques avec des critères de justice et d’efficacité,
au lieu de se livrer à la sempiternelle demande de moyens publics
supplémentaires engendrant une dette publique excessive.
Nous avons besoin
d’une nouvelle politique économique, axée sur l’offre
productive, et non plus simplement sur le soutien de la demande.
Elle reposera sur l’engagement de partenaires autour de
projets de développement imbriquant industries et services.
Car l’appel au patriotisme économique ne masque plus
l’impuissance d’Etat. Ces partenariats doivent être de plus en
plus européens : il est urgent de travailler à bâtir des identités
européennes d’entreprises et de bâtir des biens publics sur le
grand marché.
Réformer l’Etat et
réengager
la France
en Europe sont donc des conditions essentielles du redressement.
La République
étouffe de la concentration des pouvoirs et de l’excès de délégation
des responsabilités à l’Etat de la part des citoyens. Il faut
les diffuser et les partager à tous les niveaux, réduire les
niveaux et les corps administratifs, sources d’obésité. L’Etat
doit cesser de faire écran entre les citoyens et l’Europe :
chacun doit pouvoir connaître, comprendre, s’impliquer dans les
immenses défis que l’Europe doit affronter. Les nouveaux
gouvernants et élus devront très vite discuter et ratifier un
Traité pour des réformes mettant l’Union en capacité de décision.
Et Confrontations Europe propose de lancer un « acte unique de
projets » par lequel l’Union pourrait avancer dans la réalisation
d’objectifs mobilisateurs dans des domaines clés comme l’énergie,
la finance, l’économie de la connaissance.
Nous jugerons sur pièces
les projets et la méthode des candidats. Nous refuserons les
logiques de camp contre camp, d’union de la gauche contre
l’union de la droite ; convaincus que nous sommes qu’il
faudra demain que gouvernants et citoyens affrontent ensemble des tâches
difficiles. Est-ce trop demander ?
C
– Comprendre
la logique du marché et la corriger par des biens publics
Approfondissons la question du marché à propos des enjeux
des services.
La révolution des services
-
Explosion des activités
et des échanges marchands de services face aux besoins des sociétés
et avec les NTIC.
Choc
culturel mal anticipé.
-
Quel cadre juridique
européen ?
Directives
sectorielles et transversales.
Combat
pour une directive SIG-SIEG avec des principes communs répondant à
des choix collectifs.
De la libéralisation à la régulation
-
Grandes difficultés de
la réalisation du marché unique.
-
Apparition des enjeux
de régulation et de biens publics.
Problèmes de structure du capitalisme
européen
-
Percussion de l’Etat-nation,
des entreprises publiques nationales mais aussi des services publics
non marchands.
-
Rôle des collectivités
territoriales face aux défis du développement et PPP.
-
Les entreprises européennes
face à la mondialisation et au marché unique : des choix
stratégiques.
-
On partage l’euro
mais pas encore un système financier.
D
– Du
patriotisme économique au développement partagé
Réinvestir le champ de l’économie
-
Deux dérives :
l’optique sociale redistributive séparée de l’enjeu économique ;
l’optique réglementaire séparée des enjeux de gestion.
-
Que peut faire l’Etat
national dans la division internationale du travail ?
Réduire
les coûts du travail.
Spécialisations
fondées sur l’excellence.
Attractivité
du territoire…
Autant
de limites.
-
Changer de culture et
de stratégie : la technologie se partage ; l’innovation
est une relation ; la coopération est levier de compétitivité
et de cohésion ; l’Europe est le territoire pertinent.
-
Retour sur la culture
politique de l’industrie.
Refonder
la Stratégie
de Lisbonne : un Acte unique de projets
-
Le but : les
conditions de vie et de société en Europe. Pour cela des
politiques indu/services fondées sur un développement durable.
Energie.
Transport
propre et logistique. Information. Santé. Education.
-
Discussion à propos de
Barroso et Brown à propos du marché et de l’économie de la
connaissance.
Attention
au concept d’excellence avec dualisme social. Pour les non qualifiés,
une reconception générale de l’éducation et du marché du
travail.
-
Comment avancer ?
Dialogue et partenariats avec les entreprises européennes et les
sociétés civiles. Conditions institutionnelles et enjeux du
« contrôle » (actionnariat stable et gouvernance
partenariale).
-
Budget et incitations.
-
Où sont les obstacles ?
En GB. En Allemagne. En France. Quelle « coordination »
des politiques ?
La question sociale et les migrations
-
La douloureuse question
des droits acquis et de l’Etat garant.
-
Illusion de
l’harmonisation sociale uniforme et priorités.
Les
choix sociaux sont à inclure dans l’économique.
-
Migraine migratoire et
co-développement.
Migraine
migratoire
(The Economist – 16/09/06)
- Incohérences
entre gouvernements
-
Seules GB + Irl + Suède ont ouvert leurs marchés du
travail aux PECOs en 2004. (Ainsi UK et Irlande : + 750 000
des PECOs depuis mai 04).
-
Pour les clandestins certains Etats-membres pratiquent
l’amnistie (Espagne, Italie), d’autres non, mais les amnistiés
ailleurs peuvent passer chez eux → il est plus difficile de gérer
la légalité.
·
« Squizing the balloon » : un
crackdown ici provoque un gonflement ailleurs (ex : frein à
Gibraltar, masses aux Canaries ; frein en France pour les
migrants de l’Est, masse au RU…).
·
Communautariser
la politique ?
Problème des
souverainetés nationales !
(Le Monde, Philippe de Bruycker)
- Les
migrations vont se poursuivre et s’accélérer (ex : réfugiés
écologiques, Chinois…).
- Risque
d’un monde à 2 vitesses : les uns circulent librement,
les autres non.
- Collaboration
avec des pays tiers pour déplacer le problème au Sud :
France/Sénégal, Italie/Lybie, UE/URSS et Tanzanie. Risques à
la clé !
- Scénario
idéal : partenariat efficace pour développement (conf.
Euro-africain e, Rabat, juillet 06).
Propositions
(Le Monde, 15/09/06)
- Deux
axes : co-développement et facilitation des transferts de
fonds des migrants
1 – Co-développement :
appui par l’aide publique des projets locaux de développement
initiés par les migrants. Peut prendre de l’ampleur si les pays
origine / accueil travaillent ensemble.
2 – Les transferts
de fonds de migrants sont > à l’aide publique au développement
(160 Mds $ contre 80
en 04). Mais ils ne sont pas utilisés pour des investissements
productifs et paralysent les initiatives internes.
- Il
faut aussi des négociations plus globales
1 – La politique
d’immigration sélective a un coût (brain drain). Il faut débattre
du partage des coûts et envisager des compensations (ex :
GB forme des personnels de santé en Afrique).
2 – Faciliter la
circulation des personnes et abandonner l’illusion de souveraineté.
Octroi de doubles nationalités et visas pour allers-retours.
3 – Négocier
l’investissement et les biens publics à l’échelle mondiale.
E
–Nouveau
élargissements et problématique des frontières
Au-delà des
Balkans, on focalisera sur la question turque.
Nouveauté
des futurs élargissements
Les nouveaux élargissements constituent un changement qualitatif
(pas seulement par le poids turc mais par les enjeux
politico-culturels).
‚
Récuser les termes négatifs et prendre une option positive.
Celle-ci repose sur la vision que nous avons pour l’Europe
au XXIème siècle
ƒ
La réussite exige de combiner l’approfondissement politique de
l’Union (sinon elle n’est pas en capacité d’accueil) et celui
de
la Turquie.
De toutes façons la réforme institutionnelle
est préalable maintenant. Cf. Barroso et l’imbroglio GB / France
/ Allemagne 2007-2008.
„
Cela suppose de concevoir de nouveaux processus : approfondir
l’hypothèse d’intégration différenciée et séquencée.
Hypothèses
(Fondation Adenauer : Lanay Atilgan / Deborah Klein)
(Des modèles d’intégration sous le seuil de
l’adhésion).
Limites de l’élargissement : l’UE s’interroge sur sa
capacité à s’élargir. Elle est tiraillée entre ouverture et
capacité.
‚
Les modèles alternatifs d’intégration en débat.
-
L’EEE. Ex. de
la Norvège
qui a adopté les règles du marché intérieur à 80% et bénéficie
d’une coopération étendue.
-
L’association élargie. Contrairement à l’accord
EEE, dérogations du principe de libre circulation des travailleurs.
Mais intégration financière et politique accrue. Peu incitatif aux
efforts intérieurs.
-
L’intégration différenciée. Amener le pays aux
structures européennes en 3 étapes programmées et faisant
l’objet d’accords. L’intégration partielle n’est pas
seulement économique, elle est aussi politique (codécision
sectorielle, mais sans droit de veto au Conseil). La perspective
d’adhésion reste donc ouverte. Cas de
la Turquie.
-
Statut de membre junior. Comparable mais ici la
perspective d’adhésion est jugée nécessaire pour la stabilité.
Cas Balkans.
-
Partenariat privilégié. Pas de codécision.
N’offre rien de neuf pour
la Turquie
et lui parait comme une rupture des accords existants.
-
Politique européenne de voisinage. Programmes
pluriannuels d’aide avec contrôle commun. Pièce maîtresse :
l’intégration dans le m. i. européen ? Justice. Migrations.
Dialogue politique. Mais divergences d’intérêt.
ƒ
Des stratégies d’intégration flexibles à l’avenir.
L’intégration différenciée parait la
solution la plus porteuse.
F
– Réforme
institutionnelle et défi démocratique
Ne pas lâcher
la Constitution
Hypothèses.
Formation d’une société civile européenne
Fondations et réseaux.
Réformes du système institutionnel
Délibération
et espace public.
Responsabilisation
des 3 organes.
Problème du
personnel politique.
Devoir
d’agenda (explorer 2007-2009).
G
– Une
identité pour l'Europe
Emergence du débat sur l’identité
-
Beaucoup nient le
besoin d’une identité européenne ou la dénigrent en lui donnant
un sens réducteur.
-
Elle ne sera pas
essentialiste.
-
Héritage
et développement : une renaissance.
Fondements
-
Les valeurs, mais
quelles valeurs ?
Un
nouvel universalisme par dialogue et métissages.
-
Suppose la renaissance
des débats sur foi et raison, violence et justice.
-
Le dialogue
inter-religieux est important mais tout autant entre religion et démocratie
(clarifier la séparation Eglise-Etat).
Sens
-
Le besoin de sens
aujourd’hui.
-
Critique des utopies du
passé : la fin des contraintes.
-
Qu’est-ce qu’une
société mondiale pacifique ?
Ethique
-
Altérité (décisif).
-
Responsabilité (cf.
Jonas et l’écologie mais aller au-delà).
-
Le lien des deux avec
E. Levinas.
-
Spiritualité et
politique.
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