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Paris, le 13 février
2006
Directive
Services : il faut savoir accepter un bon compromis
La lenteur avec laquelle avance la création d’un marché unique européen
des services, alors que s’opère une véritable révolution dans
ce domaine depuis une vingtaine d’années, crée un manque-à-gagner
en terme de croissance et de compétitivité qui accroît le retard
de l’Europe vis-à-vis de ses concurrents mondiaux. Les barrières
nationales non-justifiées sont encore importantes.
Il est donc temps de faire une directive transversale.
Mais ce n’est qu’une dimension des problèmes posés. Pour réellement
constituer un instrument au service de la réalisation de tous les
objectifs de Lisbonne, il aurait fallu élaborer un plan
d’action global, incluant aussi des mesures d’accompagnement
pour les services stratégiques aux entreprises, une méthode d’ évaluation
pluraliste et indépendante secteur par secteur, un paquet spécifique
pour les services publics et un autre visant à concilier mobilité
de tous les travailleurs de l’Union et protection de leurs droits.
Ce plan d’action n’existe pas en tant que tel et il faut continuer à
agir en dehors de la directive Services, pour faire progresser la création
d’un cadre commun de services à l’échelle européenne .
S’agissant du projet de directive qui doit être voté le 16 février, le
dernier compromis PSE-PPE - à
supposer qu’il soit validé par les membres des groupes- instaure
un principe de liberté d’accès au marché et d’exercice pour
les prestataires des Etats membres tiers non-établis, tout en
laissant au pays d’accueil la possibilité de leur imposer des règles
dûement justifiées. Il permettrait ainsi à la fois la levée des
obstacles protectionnistes et la prise en compte de la dimension
d’intérêt général que peuvent recouvrir les mesures nationales
appliquées aux services. L’harmonisation préalable, ciblée sur
les exigences essentielles, que nous appelions de nos voeux est différée.
Mais, tout en favorisant la reconnaissance entre membres, ce
compromis évite la concurrence réglementaire sauvage qu’entrainait
le Principe du Pays d’Origine. Les transpositions nationales de la
directive vont obliger les Etats à inscrire leurs mesures de
services dans les trois principes retenus (non-discrimination, nécessité,
proportionnalité) et leur permettre d’afficher des exigences de
respect d’objectifs sociaux, environnementaux, de santé, de sécurité,
de protection des consommateurs…
La Commission
et
la CJCE
devront procéder à de nombreux arbitrages. Il s’en dégagera des
critères d’appréciation qui mèneront à la convergence, mais
qu’il faudra soumettre à une évaluation ouverte et critique de
toutes les parties prenantes.
Du coup, et pour peu que les compromis sur les exclusions de SIEG acquis en
commission IMCO et conclus entre PPE et PSE sur les services
poursuivant des objectifs de protection sociale, le logement social,
les pharmacies, la culture, les services de prise en charge des
enfants … soient confirmés, l’impact sur les services publics déjà
ouverts à la concurrence sera désamorcé. D’autant que
d’autres amendements de compromis réaffirmant les trois libertés
des autorités publiques (définir, organiser et financer les SIEG)
neutralisent l’impact de la directive sur les régulations de SIEG.
Reste à mener la bataille pour que l’engagement pris par
la Commission
dans son livre blanc de créer un cadre juridique pour les
SIEG en co-décision, soit rapidement respecté. Le Parlement
devrait voter cet été sur ce dossier.
Il est par ailleurs indispensable de confirmer les votes des commissions
Marché Intérieur et Affaires sociales
qui excluent ce qui touche au droit social. Mais, en rester là
ne résout pas les problèmes qui ont maintes fois été soulevés
dans le débat sur ce texte. A juste titre,
la Confédération Européenne
des Syndicats se bat pour concilier le droit à la mobilité pour
tous les travailleurs de l’Union (y compris ceux des nouveaux
Etats membres) et des droits sociaux conformes aux objectifs européens
de bien-être social. A notre sens, cela recouvre deux fronts
principaux : la révision
de la « directive détachement » pour clarifier les
zones d’ombres subsistantes et ; la mise en place de
conventions collectives européennes.
A supposer que les compromis
Gebhardt-Harbour rendus publics jeudi 9 février soient entérinés,
j’adopterais ce texte si je devais le voter : il permet
d’opérer les ouvertures nécessaires à la constitution d’un
marché intérieur des services en écartant le principe du pays
d’origine et en laissant la porte ouverte à l’élaboration de
principes communs de régulation.
Philippe
Herzog
Ancien
député européen,
Rapporteur
sur le Livre Vert SIG
Président
de Confrontations Europe
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