C O N F R O N T A T I O N S - Pour une démocratie participative européenne

Accueil

Agenda

Publications

Biographie

Contact

Liens

Retour Imprimer Envoyer  

 Handelsblatt, 5 décembre 2006

CLAIR OBSCUR SUR LA FRANCE  

Il y a en France un besoin irrépressible de changement politique. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy y répondent et incarnent une nouvelle génération. Ils se veulent  hors système, l’une dégagée de l’appareil du Parti socialiste, l’autre en rupture avec la chiraquie. Ils posent des questions qui étaient taboues et se montrent plus attentifs aux problèmes de la société, avec ici un avantage d’image pour Mme Royal puisqu’elle est une femme. Elle a livré peu d’options sur sa politique, mais dit innover sur la méthode, en consultant le peuple d’abord, voire en forgeant son programme avec lui ! Nicolas Sarkozy a le courage d’avancer ses options, ce qui l’expose plus aux réactions de tous bords. Il va falloir maintenant camper le débat public.  

Comment faire évoluer le rapport des Français à la mondialisation dans un sens positif ? C’est une question cruciale. Beaucoup de Français ont peur de s’adapter aux mutations et refusent d’affronter le défi de la compétitivité. Le danger est réel d’une campagne présidentielle amputée du souffle de l’ouverture au monde. La question de l’Europe est un test. Les dirigeants politiques n’osent pas tirer, avec les Français, les enseignements du vote de rejet du Traité constitutionnel.   La France a pourtant une sérieuse responsabilité dans la crise de l’Europe et elle est en perte d’influence. Et que fera-t-elle demain ? La gauche est profondément divisée. Elle reprend d’anciens thèmes : un Traité social, un gouvernement économique de la zone euro.  N. Sarkozy préconise un mini-Traité de réformes institutionnelles qu’il n’y aurait pas besoin d’exposer à un referendum. La volonté de relance de l’Europe par des projets communs mobilisateurs – énergie, environnement, immigration – s’exprime mais n’a pas encore trouvé de traduction politique. Et la demande d’une Europe protectrice de l’Etat social prédomine.  

En politique intérieure, par contre, la question sociale est en débat.  Le malaise des couches moyennes est profond. Elles se sont souvent appauvries, l’ascenseur social ne fonctionne plus. La politique de baisse du temps de travail et de priorité aux prestations sociales est décrédibilisée. Les gens veulent gagner plus ; la revalorisation du travail devient prioritaire, et la critique du système éducatif n’est plus taboue. Intelligemment S. Royal fait appel au « désir d’avenir » et N. Sarkozy axe le programme de l’UMP sur un objectif fort : ceux qui veulent travailler plus doivent gagner plus (et inversement). Ainsi les heures supplémentaires seront payées plus cher, et exonérées de charges sociales.  

Mais comment à la fois répondre à la demande sociale et redresser la compétitivité ? A la différence de l’Allemagne, le débat public en France n’affronte pas la réalité économique. Des travaux remarquables, comme celui de la commission Pébereau, sont combattus par tous ceux, y compris certains économistes renommés, qui nient les problèmes graves de la compétitivité et de la dette publique.  Il est pourtant urgent de construire une politique de l’offre compétitive, et pour cela l’efficacité de la gestion publique et le partenariat public-privé sont de vrais problèmes. L’Etat français ne sait plus préparer l’avenir, les Français ne sont pas réconciliés avec l’entreprise, et il n’y a pas de consensus pour une économie sociale de marché.  

Ségolène Royal devra ignorer le programme du Parti socialiste, une restauration caricaturale de la politique du passé et de l’Etat providence. Un gouvernement qui l’appliquerait mènerait le pays directement dans le mur. Le programme de l’UMP est plus raisonnable. Il préconise une réforme générale des finances publiques suivie d’une baisse des prélèvements obligatoires. Mais ceci se heurtera à de fortes réactions dans la société. La méthode Sarkozy repose sur un principe mi-libéral, mi bonapartiste : je fais appel à l’initiative et j’engage l’Etat. Tantôt il affronte des bastions corporatistes du secteur public, tantôt il fait appel à la responsabilité des agents publics avec un intéressement. Difficile manœuvre.  

Pour se faire élire, S. Royal évitera de prendre la gauche à contre-pied, mais une profonde remise en cause sera nécessaire. Elle dispose d’un atout important : l’appui de 21 présidences de région sur 22 et de nombre d’élus locaux. Laurent Fabius parle à son sujet d’un « blairisme régionalisé ».  

Manifestement un processus de bipolarisation s’annonce, qui sera suivi d’une présidentialisation du régime politique. Royal et Sarkozy pratiquent une communication jugée « populiste ». Elle est adaptée à un pays où le système est frappé de discrédit. Ils cherchent le contact direct avec le peuple, et Ségolène Royal semble aller plus loin avec l’idée de démocratie participative. Mais faire appel à l’opinion  et écouter les gens, ce n’est pas encore leur demander de prendre des responsabilités ni créer les conditions d’une véritable participation. Il y a besoin d’un vrai débat sur la démocratie. La France étouffe du poids de l’étatisme et de l’élitisme républicain : la réforme de l’Etat conditionne tout progrès démocratique.    

Le jeu politique est aujourd’hui plus ouvert qu’hier, mais seul l’engagement de la société française dans la voie des réformes, du retour à l’Europe et de l’ouverture au monde, permettra à notre pays de se ressaisir.

Philippe Herzog

 

 

 

CONFRONTATIONS EUROPE
227 boulevard Saint-Germain - F-75007 Paris
Tél: 00 33 (0)1 43 17 32 83, Fax: 00 33 (0)1 45 56 18 86 (Paris)

Tél : 00 32 (0)2 506 88 61 (Bruxelles)
Email : confrontations@wanadoo.fr | Web : http://www.confrontations.org/