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Nouvelle Voix – Débat organisé le
samedi 22 octobre 2005 à l’Assemblée Nationale
« Où va la gauche : entre réalisme
et radicalité ? »
Introduction par Dominique Bertinotti
Avant de commencer il me paraît important de rappeler qu’il ne
s’agit pas d’un débat de congrès, mais il s’agit de faire
preuve de liberté de parole, comme nous le désirons au sein de
Nouvelle Voix, et d’aborder les problèmes concrets des Français.
Nous aurons trois intervenants, Eric Dupin, journaliste, Martin
Hirsch, président d’Emmaüs France et Philippe Herzog, ancien député
communiste européen, aujourd’hui président de Confrontation
Europe. A la suite de leurs interventions, Jean-Pierre Mignard, président
des clubs Témoin, Laurent Bouvet, enseignant à l’IEP Paris et
auteur du livre « L’année zéro de la gauche »,
ainsi que Stéphane Boujnah, cofondateur du think tank « En
temps réel » et auteur de «L’inoxydable
modèle suédois : du modèle de société au modèle de
gouvernement», apporteront leur point de vue.
Eric Dupin, Journaliste
Auteur de « Sortir la Gauche du Coma »
(2002) et « L’hystérie identitaire » (2004)
Je vous remercie de m’avoir invité, et d’organiser ce débat.
Pour répondre à la problématique qui nous est proposée, je
laisserai de côté le thème : où va la gauche ? Si on
savait répondre à cette question, nous ne serions pas réunis
aujourd’hui ! J’aborderai donc l’autre volet de
l’intitulé, « entre réalisme et radicalité ». Ce
serait une erreur de penser qu’il faut essayer de trouver un équilibre
entre les deux termes. La gauche n’a pas à se situer entre deux pôles.
J’en veux pour preuve la lecture des motions sur lesquelles les
militants du Parti Socialiste auront à s’exprimer, où je n’ai
pas décelé d’un côté une gauche excessivement réaliste et de
l’autre une gauche excessivement radicale. Dans mon intervention
je distinguerai deux dangers qui menacent la gauche en général et
le Parti Socialiste en particulier, et je proposerai une méthode
pour sortir de l’ornière dans laquelle nous sommes.
Les deux risques qui me paraissent importants ne sont pas ceux
que l’on identifie fréquemment : le « social-technocratisme »,
ou le « social-radicalisme ».
Selon moi le premier risque réside dans le « rétro-socialisme »
qui se caractérise par un passéisme exacerbé. Pour
identifier ce phénomène, il faut lire en profondeur les textes,
ils en disent beaucoup sur ce que pensent les acteurs politiques. A
la lecture de ces textes, je suis très frappé par l’utilisation
de réflexes, quels qu’ils soient : on trouve par exemple un
anti-libéralisme rituel, artificiel, facile, qui dispense d’une
analyse profonde. Il y a aussi un refus d’aborder de front les
enjeux de la période : sur l’Europe on continue d’agiter
le rêve fédéraliste qui est caduque ! Sur la mondialisation
il est ennuyeux de voir que, à quelques exceptions près, on
n’ose pas prendre à bras le corps la question du libre-échange.
Sur la sécurité, l’immigration, on en reste à la morale de
l’intention, même si il faut éviter de passer à la morale du résultat
prônée par Nicolas Sarkozy. Sur tous ces sujets, on botte donc en
touche et on se contente de phrases toutes faites, sans faire un
effort d’élaboration de propositions.
Le deuxième risque qu’il faut mettre en avant est celui du sinistrisme
verbal. Il suffit d’observer la situation en Europe ces
dernières semaines : le Parti Socialiste français signe des
communiqués avec la Ligue Communiste Révolutionnaire, tandis que
le SPD va diriger l’Allemagne avec la droite, et que les Italiens
ont plébiscité Romano Prodi, démocrate-chrétien, pour être le
leader de la gauche lors des prochaines élections. Aujourd’hui
j’ai du mal à prendre au sérieux ce type de dérive triviale. Il
y a un véritable risque de voir émerger une gauche de la fonction
publique, qui est à distinguer de la gauche du service public. Je
ne me sens pas en effet solidaire des agents d’EDF qui sont contre
l’ouverture du capital de l’entreprise, ou de ceux de la SNCM
qui ont détourné un ferry de la compagnie. En revanche je trouve
que la gauche n’est pas assez vindicative contre le Contrat
Nouvelle Embauche. Cela prouve que la gauche ne voit pas où sont
les enjeux réels !
Pour trouver une solution à ces difficultés, il faut sortir de
la bouillie idéologique, de la posture où l’on essaye toujours
d’être entre la chèvre et le chou, entre réalisme et radicalité.
Il faudrait être à la fois plus pratique et plus philosophique,
car le corpus idéologique socialiste est mort !
Il faut voir les choses de façon plus concrète, par exemple sur le
logement, dont les problèmes restent abordés de façon très
technocratique : les socialistes se querellent sur la hauteur
des sanctions pour les communes qui ne respectent pas la loi SRU,
mais il faudrait s’interroger sur la société elle-même, car il
n’est pas évident qu’elle veuille de la mixité sociale. Il
faut donc proposer des mesures concrètes, mais aussi étudier les
problématiques qui se posent devant nous plus philosophiquement,
aller à la racine des choses : quelles sont les valeurs de ce
système économique ? Comment remettre en cause
l’individualisme, le consumérisme, … ? Cela suppose de
travailler sur le long terme. Les motions sont des espèces de
programmes de gouvernement, mais le but du socialisme n’est pas de
gouverner cinq ans, c’est de faire évoluer la société en
fonction de ses propres valeurs.
Il faut donc faire un travail à la fois très concret, et très
philosophique. Il faut se situer dans une perspective où l’on
discute avec la société, et on ne dit pas seulement : mettez
nous au pouvoir, nous réglerons les problèmes !
Martin Hirsch, Président d’Emmaüs France
Je suis d’accord avec Eric Dupin pour dire que je ne suis pas
à l’aise dans l’opposition entre réalisme et radicalité. La
différence réelle pour moi est entre ceux qui veulent agir sur les
causes, et ceux qui veulent seulement compenser les effets, entre
ceux qui cherchent à renouveler l’action politique et ceux qui se
contentent des vieilles méthodes d’action : pouvoir de haut
en bas, sans prendre en compte les autres pouvoirs et
contrepouvoirs. On peut illustrer cette opposition sur différents
thèmes :
- Tout d’abord sur la critique du capitalisme :
elle est souvent radicale, mais très peu concrète. Il
conviendrait de se demander quelle est la place pour développer
d’autres formes de capitalisme ; par exemple si l’économie
solidaire doit rester marginale ou occuper une place plus
grande, et si c’est le cas, dans quels domaines, dans quelles
conditions, etc.
- Sur les inégalités : j’étais jeune
en 1978, puis en 1981, et je me souviens que les grands discours
portaient sur l’échelle des salaires. Aujourd’hui on ne se
pose plus ces questions : Quelle est à la logique des écarts
de salaire ? Lesquels tolère t-on ? Lesquels on
trouve sains, et lesquels contre-productifs ?
A gauche, on ne trouve aucun projet de réduction des inégalités.
D’ailleurs il n’y a pas que des inégalités de revenu.
Auparavant quand on tirait un « fil » pour s’en
sortir, tout le reste suivait. Aujourd’hui ce n’est plus le cas
: si on a un emploi, on ne trouve pas forcément un logement, une
assurance maladie, etc. d’où le grand désarroi social.
- Sur l’Etat : on assiste à une
impuissance de l’Etat rarement atteinte. Les hauts-
fonctionnaires ne comprennent plus ce qu’on leur demande de
faire, ils ne voient plus de sens à leur mission. On a créé
un déséquilibre en diminuant le rôle de l’Etat, avec le phénomène
d’intégration européenne d’un côté, et la décentralisation
de l’autre. L’Etat doit trouver sa place dans cette nouvelle
organisation et pour cela doit répondre à un certain nombre de
questions : qu’est-ce que la fonction publique ? comment
la former ? …
- Sur l’environnement, ou sur la lutte
contre l’obésité, il faudrait clairement identifier
les intérêts contradictoires, et ce que nous sommes capables
de faire. Il faut aussi dire quel prix, par exemple en terme de
croissance, nous sommes prêts à payer pour préserver
l’environnement, ou pour lutter contre l’obésité.
- Sur les rapports avec les pays du Sud ou de l’Est,
il est nécessaire de clarifier notre attitude :
assumons-nous un partage des richesses ? Serions-nous prêts
à des sacrifices, et dans ce cas, nous pourrions consacrer de
la richesse pour le développement de nos voisins, ou bien
laissons-nous ces pays s’en sortir seuls ?
Pour résumer, une démarche cohérente s’articule en trois éléments :
le but que l’on poursuit (le point d’arrivée désiré dans 5,
10, 15 ans) ; avec qui on mène l’action, avec quelles
alliances (autres forces politiques, économiques, associatives,
autres pays, …) ; quelles sont les étapes intermédiaires
(comment évalue t’on ? que fait-on si les étapes ne sont
pas franchies ?). Avant tout il faut cesser de faire miroiter
de belles choses, et un an plus tard, alors que la situation ne
s’est pas arrangée, dire que « c’est la faute de
l’Europe, des autres pays, ou des Français paresseux ».
Philippe Herzog, Ancien député européen -
Gauche Unitaire européenne -, Président de Confrontations Europe.
Pour me situer, je commencerai par mon expérience personnelle.
Quand j’ai adhéré au Parti Communiste, à la fin des années
1960, j’entrais dans un parti qui se situait dans la dynamique
d’union de la gauche, et j’étais déjà très anti-gauchiste.
Je le suis demeuré, et je garde toujours en mémoire l’expression
de Lénine, « le gauchisme maladie infantile du communisme »,
bien que je sois anti-léniniste. Ma rupture avec le Parti
Communiste a commencé après 1985, lorsque le Parti a quitté la
posture de parti de gouvernement pour celle d’un parti
essentiellement critique. J’ai définitivement quitté ce parti
une dizaine d’années plus tard. Je me situe dans la Deuxième
gauche, je suis proche de Rocard et Delors, mais je suis plus
ambitieux qu’eux sur la transformation du capitalisme.
Aujourd’hui la gauche, les gauches devrait-on même dire, et le
PS en particulier, sont en difficulté par rapport aux mutations et
sont tentés par le conservatisme social et politique, sur la
mondialisation, sur l’Europe, sur la France et son régime social.
Si on se place du point de vue mondial, la
grande transformation qui a eu lieu est une révolution capitaliste.
C’est de ce côté-là que l’on trouve le mouvement, le
changement, tandis que la gauche se fait le porte-parole de la
conservation. On ne peut pas diaboliser la mondialisation
pour au moins trois raisons : les crises dont nous subissons
les effets ne commencent pas seulement depuis vingt ans car avant même
la révolution néo-libérale, il y avait des crises de structure
dans nos systèmes nationaux (en particulier une crise du
capitalisme monopolistique d’Etat, structure inadaptée aux
nouveaux enjeux de la croissance et de la démocratie) ; par
ailleurs les pays du Sud qui s’inspiraient des modèles
capitalistes et staliniens ne pouvaient pas se développer dans le
passé, tandis qu’aujourd’hui ils le peuvent ; enfin il
faut souligner que depuis vingt ans la chute du mur de Berlin, le
nombre de morts par les guerres dans le monde a diminué. Bien sûr
la mondialisation pilotée par la finance globalisée est source
d’inégalités et de conflits graves, mais il faut chercher à
proposer des solutions structurelles et de régulation, et non à
revenir à des structures anciennes et sclérosées.
Au niveau de l’Europe, les années 1980
et 1990 ont vu une relance de l’Europe, avec le rôle joué par
François Mitterrand, Helmut Kohl, et Jacques Delors. En 1992 le
traité de Maastricht représentait un compromis sur le marché
unique, qui devait être une première étape vers l’union
politique sur un modèle imbibé de fédéralisme. Force est de
constater que cela n’a pas fonctionné. Non seulement l’union
politique n’est pas apparue, mais même l’intégration économique
en Europe patine. Le nouveau modèle est proposé par la Grande
Bretagne. Selon Gordon Brown, la relance deloriste ne correspond
plus aux réalités, et il faut choisir l’Europe ouverte au monde,
et non pas une Europe repliée sur elle-même. Il y a là un refus
de la solidarité qui était dans le projet de Delors. Or face à ce
discours, il n’y a aucune réponse du côté français. La seule réponse
de la France fut le « non » au référendum, c’est-à-dire
un rejet du projet d’Union politique proposé. La France est
atteinte de passéisme : on entend des acteurs
politiques reprendre d’anciens projets, évoquer la constitution
d’un noyau dur, se prononcer contre de futurs élargissements, y
compris contre la Turquie, … Face à cela, nous avons un projet de
développement et de Communauté politique à élaborer, arrêter
d’appeler à une « coordination des politiques nationales »,
ce qui n’a rien produit. Aujourd’hui il faut savoir dire « bravo
Delors » pour hier, mais il est temps de modifier l’analyse.
Nous devons avoir un vrai projet social-démocrate, où par exemple
la question du contrôle et de la stratégie des entreprises européennes
doit tenir une place prépondérante.
Enfin sur la France et son régime social
des questions s’imposent : veut-on seulement conserver les
acquis sociaux d’après guerre (rétro-passéisme), ce modèle
est-il sibeau que cela ? Le régime social français est
cruellement en difficulté, et on doit même se demander si l’on
peut lui donner le nom de « modèle », quand on observe
les faibles taux d’emploi, ou l’exclusion grandissante. Nos
politiques de traitement social du chômage ont créé de
l’exclusion (en particulier pour les seniors et les jeunes). Nous
devons avoir de l’ambition : tous les Français doivent avoir
accès au marché du travail. Nous devrions exploiter de nouvelles
pistes, notamment celles qui allient la mobilité à la sécurité.
Nous pouvons donner du sens à des concepts puissants. Plutôt que
d’être protectionnistes, il faut vouloir le changement, la
mobilité dans les parcours. A cela j’ajoute que l’Etat doit être
réformé de bas en haut. Comment avancer dans une société où les
politiques monopolisent les pouvoirs, ce qui déresponsabilise la
société civile, notamment les syndicats ?
Pour moi la solution passe par la rotation des rôles, la
participation, l’implication des citoyens. La méthode que nous
devons employer est d’abord de retrouver les citoyens, et de bâtir
leur conscience et leur expérience européennes. Nous devons
apprendre en marchant, en allant de l’avant. Dire cela ne
sous-entend pas que notre âme est perdue. La transformation
du capitalisme reste un impératif, mais il faut changer les idées
et les méthodes.
Dominique Bertinotti :
Après ces trois interventions, vous pouvez constater que la
liberté de parole et de ton n’est pas seulement une déclaration
de principes à Nouvelle Voix, même si certaines vérités peuvent
être dures à entendre. C’est effectivement dur d’entendre
parler de « rétrosocialisme », mais un vrai bilan de
nos difficultés est nécessaire, car nous voulons reprendre le
chemin d’une analyse réelle de la société, apporter de
nouvelles pistes. Je donne maintenant la parole à Stéphane Boujnah,
Jean-Pierre Mignard, et Laurent Bouvet, qui réagiront à ce
qu’ils ont entendu.
Stéphane Boujnah, Cofondateur du think tank
« En Temps Réel »
Auteur de «L’inoxydable
modèle suédois : du modèle de société au modèle de
gouvernement».
Avant de commencer je tiens à préciser que je m’exprime à
titre personnel, et à titre de membre du Parti Socialiste. Ce débat
sur l’avenir de la gauche entre réalisme et radicalisme est
original en Europe. Les grands partis sociaux-démocrates
ont depuis longtemps tranché cette question et ont reporté à leur
marge le radicalisme.
Le sujet que l’on doit traiter est le suivant :
sombrons-nous dans le chiraquisme de gauche, c’est-à-dire dans la
promesse sans réalisation ? Dans le même temps on doit
respecter la tentation du sanctuaire idéologique lorsqu’il y a
10% de chômeurs, et des exclus de plus en plus nombreux. La
nostalgie du bon vieux temps, de la fin des années 70 - début des
années 80, d’un monde idéal est le reflet d’une réalité qui
est celle d’une population qui prend de l’âge.
Il s’agit de casser une imposture intellectuelle, il faut éviter
de faire la course avec l’extrême gauche. Le discours que l’on
nous tient sur une nécessaire union de la gauche, comme celle réalisée
dans les années 70, ne tient pas compte des conditions de sa réalisation:
1) François Mitterrand avait une idée assez précise avant
d’aller parler au camp d’en face.
2) Le camp d’en face avait une expérience de la gestion, avec
des élus locaux.
3) « L’output » était un programme sur lequel
chacun s’exprimait.
Aujourd'hui cela n’a rien à voir. Le débat se situe
entre une gauche qui promet et une gauche qui veut réaliser, entre
une gauche théorique et une gauche concrète, entre une gauche du
projet et une du rejet.
Nous devons affirmer que le modèle français a été fait par
des sociaux-démocrates, qui ont bâti un compromis. Nous ne pouvons
sombrer dans le discours gauchiste.
Je citerai trois points d’application fondamentaux :
1) l’état de faillite virtuelle des comptes
publics : avec une dette de 1000 milliards euros, comment
peut-on construire une force d’intervention publique ?
2) le rapport de force : comment faire la réforme
des retraites, dans une situation où l’essentiel de la population
a plus de 60 ans?
3) le rapport à la mondialisation :
faudrait-il construire une ligne Maginot en ignorant complètement
la réalité de la croissance mondiale ? Nous n’avons pas à
avoir peur des nouvelles technologies mais des anciennes
technologies car ce sont elles qui nous ralentissent. Faire croire
qu’il n’est pas dans notre intérêt d’aider les pays
d’Afrique du Nord à se développer est une erreur, faire croire
qu’il faut interdire aux Chinois de quitter leur campagne pour
aller chercher du travail l’est aussi.
Dans tous les pays d’Europe où le parti social démocrate a été
au pouvoir, cela a conduit à une clarification nette. Nous devons
à notre tour clarifier notre point de vue.
- Doit-on assumer ou mentir sur la réalité ?
Il s’agit de la question du mandat démocratique : est-ce
qu’on croit que ce que l’on dit a un impact sur ce que l’on
fait quand on est au pouvoir ?
2) Qui protège-t-on quand on fait une proposition ?
Par exemple quand il y a grève, on sait que les personnes pénalisées
ne sont pas les cadres mais que les victimes sont les catégories défavorisées.
3) Prend-on en compte ce qui se passe ailleurs, chez nos voisins?
Le PIB de la France sera dépassé par celui de l’Inde d’ici
10 ans puis par celui des pays de l’Est, … Peut-on l’ignorer ?
4) Quel arbitrage fait-on entre la loi ou le contrat ?
La fascination pour l’Etat est un boulet et il nous empêche
d’avancer.
5) Echappe t-on au débat entre maintien des corporatismes et défense
des services publics ?
Jean-Pierre MIGNARD, Président des clubs Témoin
Beaucoup d’idées ont déjà été évoquées, et je vais me
contenter de faire quelques observations.
1) Il faut prendre en compte l’échec de la social-démocratie
européenne à la fin des années 90 à coordonner une politique
européenne. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner du
regain des partis d’extrême gauche.
Le réformisme ne signifie pas que le prédicat du réformisme
soit la tiédeur ou la béatitude.
2) Concernant l’Europe, on avait pensé qu’après le 29 mai
cela irait mal. C’est encore pire que ce que l’on attendait.
L’Etat-Nation existe toujours mais attention, beaucoup de
camarades, au nom de cela, surestiment l’Etat-Nation et préparent
une série de frustrations. Cela ne doit pas devenir un mot magique.
L’Etat-Nation ne peut pas tout mais il est très démocratique.
L’Europe peut plus mais est moins démocratique. Les forces
centrifuges n’ont pas cessé de croître en Europe. On avait une
perspective avec le discours de Tony Blair, il aurait pu relancer
l’Europe mais il n’y a rien eu après. Le pôle franco-allemand
est entravé aujourd’hui par un vote contraire : les négociations
avec la Turquie n’ont pas fait l’objet d’une clarification
pourtant nécessaire. Si rien ne se passe d’ici dix ans, et
si le modèle européen survit, alors la question serait de savoir
si on pourra se permettre d’humilier la Turquie. Les
rapports avec l’Afrique sont à l’image des barbelés entre le
Maroc et les enclaves espagnoles.
Je crois que le plus important est de renforcer l’esprit européen
des socialistes. Avons-nous partagé notre vie militante avec des
camarades européens ? Il faut par exemple organiser des
jumelages entre les sections.
Sur le texte de la Constitution, sans doute pourrons-nous sauver
la charte. Concernant le droit de pétition, un règlement
d’assemblée suffit à le mettre en place. Pour toutes ces
questions, nous avons créé un mouvement, « Sauvons
l’Europe », qui a un bon échos, mais il y a une condition
à la naissance d’une société civile européenne : il faut
un partenariat avec le Parlement européen. Il faut qu’il y ait
une opinion publique européenne pour le Parlement, comme les
parlements nationaux ont leur opinion publique nationale.
3) Les choses importantes se font toujours dans la crise. La
crise aujourd’hui, c’est : le chômage des jeunes, la
menace climatique (sècheresse, incendies, etc.)
Tout cela nécessite une grande politique d’équipement, de
protection. La solution est là, nous avons la possibilité de
dépasser par le haut les blocages que nous rencontrons et pour cela
les partenariats entre le public et le privé sont essentiels.
Laurent Bouvet, Professeur de science politique
à l’Université de Nice et à Sciences Po (Paris)
Auteur du livre « L’année zéro de la gauche »
Le débat radicalisme/réformisme ne doit pas être aussi
facilement mis de côté. C’est une question de culture politique
qui est en jeu avec lui. On est aujourd’hui à la fin d’un cycle
assez long de l’histoire du Parti Socialiste, la fin du cycle d’Epinay,
qui a été caractérisé notamment par l’union de la gauche sous
différentes formes. Cela implique un certain nombre de
bouleversements, dont le renouvellement des générations. Sur ce
point, il faut préciser que le problème n’est pas entre génération
de « vieux » et génération de « jeunes »,
contrairement à ce que veut faire croire le NPS dans le débat
interne du PS, le jeunisme n’est jamais une solution politique. Il
s’agit plutôt de savoir de quelle manière est-ce que l’on
s’inscrit dans le processus de transformation de la société dans
laquelle on vit.
Le problème qui se pose au PS et la gauche est donc bien :
le pouvoir pour quoi faire et comment ?
Ainsi entend-t-on des responsables socialistes dire : nous
sommes tous, évidemment, réformistes ? Où est le débat réformistes/radicaux ?
Et bien non ! Le réformiste « de fait », « par
nature », n’existe pas. Sinon la confusion s’installe
entre être réformiste et être réformateur. Ce qui ne dit rien
sur le sens et le contenu de la réforme. Les réformateurs peuvent
être de droite ou de gauche, alors que les réformistes
appartiennent pleinement à la gauche. On oublie que l’histoire du
socialisme et du mouvement ouvrier s’est construit sur cette
dichotomie, on oublie une partie de l’histoire du mouvement
syndical et de la tradition de la gauche selon laquelle la « vraie »
transformation sociale ce n’était pas la table rase révolutionnaire.
Pour préciser ce qu’implique cette distinction, je voudrais
mettre trois points en avant :
a) Historiquement, l’esprit de réforme s’oppose à
l’esprit de révolution. Ce clivage anime toute
l’histoire de la gauche, non seulement sur les moyens mis en œuvre
pour atteindre les objectifs du mouvement ouvrier mais aussi
progressivement sur les buts eux-mêmes, compte tenu des impasses
tragiques des expériences révolutionnaires du XXe siècle.
b) D’un point de vue plus philosophique et psychologique, l’esprit
de réforme s’inscrit contre celui de radicalité. On
peut prendre ici l’exemple de la posture de l’excuse. Le
social-démocrate s’excuse sans arrêt, quand il est dans
l’opposition, il est dans la surenchère par rapport au gauchiste,
comme s’il s’excusait de ne pouvoir toujours dire mieux ;
au gouvernement, il s’excuse de ne pouvoir faire mieux, en
s’adressant aux plus radicaux « vous avez raison, mais on ne
peut pas le faire ». La course est permanente, surréaliste.
L’idée sous-jacente est qu’être radical, c’est toujours
mieux. Et cela renforce la gauche radicale aux yeux de laquelle un
socialiste ou un social-démocrate est nécessairement un « social-traître »,
qu’il ne peut, par construction, en faire assez pour mériter
l’étiquette « de gauche ».
c) Le troisième élément est d’ordre sociologique :
c’est l’opposition entre l’esprit de réforme et
l’esprit de conservation. Cela renvoie au problème l’ étroitesse
de la base militante des organisations politiques. Un effectif
d’un peu plus de 100 000 adhérents au PS, cela ne donne pas la
masse critique pour espérer « sentir » la société
sans parler de la représenter ou d’y peser. Une enquête du
CEVIPOF en 1998 montre que sur 100 000 adhérents au PS, il y
avait seulement 14% d’ouvriers et employés – alors que ces
deux CSP représentent la moitié de la population action. Il y
avait seulement 27% de femmes – inutile de préciser la part
des femmes dans la société française... Et ainsi de suite, avec
un parti trop vieux, trop « fonction publique », avec la
moitié de son effectif composé d’élus… Cela montre qu’il
existe un problème non seulement de quantité mais aussi de
« qualité » de la représentation. Or, c’est une
incitation au conservatisme. Il ne s’agit pas pour le PS d’avoir
une représentativité miroir de celle de la société, mais il
s’agit à la fois d’atteindre une masse critique et de mieux être
en mesure, par symbiose représentative, de comprendre la société
française.
Pour conclure, en faisant un peu de provocation, on peut se
demander s’il ne faudrait pas en arriver à être favorable à ce
que les tentations gauchistes, mouvementistes, néo-communistes…
l’emportent au prochain congrès du Mans ! Afin qu’il mènent
campagne ensuite et fassent preuve de l’inanité de leur propos.
Afin de lever l’hypothèque radicale-conservatrice une bonne fois
pour toute et de bénéficier ainsi du scénario britannique :
en ayant fait perdre leur camp, les gauchistes anglais du début des
années 1980 ont condamné leur pays au thatchérisme pour presque
20 ans…
Débat avec la salle
Juliette Meadel : On
entend souvent qu’il y a une rupture entre le PS et sa base électorale.
Mais doit-on attendre qu’un parti soit identifié sociologiquement
à un électorat ? Serait-ce un obstacle s’il avait un
discours clair ?
Je m’interroge sur la pertinence de l’expression « socialisme
de l’action ». Quelle méthode doit-on avoir pour agir
? La démocratie légaliste ? la démocratie participative ?
Tout cela doit être tranché par le débat.
Guillaume Houzel : J’aimerais faire deux
remarques. Tout d’abord je pense qu’il utile de faire de la théorie
en dehors du concret et qu’il faut dépasser notre faiblesse
intellectuelle. Ce qui se prétend radical est essentiellement
conservateur.
Par ailleurs j’estime que quand on a un PS « rétréci »
comme il l’est, il est difficile d’aller de l’avant. Au-delà
de l’âge des membres qui peut poser problème, il faut bien
avouer que l’on observe un Parti Socialiste composé de militants
dont beaucoup sont issus de la fonction publique, sont des élus ou
collaborateurs d’élus. La conséquence est que l’on a du mal à
avoir un rapport sain et ouvert à la société dans son ensemble,
surtout quand elle est plus complexe qu’auparavant.
Maurice Goldring : Je fais partie du groupe
« du communisme au réformisme », composé d’anciens
communistes. J’ai souvent l’impression qu’il n’y a pas en
France un Parti socialiste mais plusieurs partis socialistes. Je
crois que les interventions que nous avons entendues ce matin
seraient peu admises au congrès du Mans.
Ce qui est marquant c’est que les socialistes ont mauvaise
conscience, et sentent le besoin de se justifier sans cesse.
L’illustration en est le congrès de Dijon, où toute la salle
s’était levée pour applaudir le secrétaire de la CGT. Mais je
crois que l’objectif des socialistes serait qu’un Premier
Ministre venu de leurs rangs se fasse applaudir dans un congrès
syndical !
Enfin je remarque que toutes les motions présentées aux
militants débutent avec une description du monde qui se lit comme
un éditorial du Monde Diplomatique. Comment peut-on
critiquer le radicalisme dans ces conditions? Si le point de départ
est celui-là, on est paralysé pour la suite.
Pierre Schapira : Je suis d’accord avec
Jean-Pierre Mignard sur l’Union Européenne, dont la présidence
britannique est un désastre. Ceux qui ont soutenu Tony Blair lors
de sa prise de fonction sont très déçus, même chez les
travaillistes britanniques.
Par ailleurs il me paraît important de clarifier un point :
ne confondons pas la période actuelle et celle des années 1970. Le
programme commun était possible avec un Parti Communiste structuré,
qui avait des élus, et nous avions des intérêts communs. Avec les
gauchistes aujourd’hui nous ne pouvons pas faire la même chose.
Sur la taille du Parti socialiste et sur les problèmes que cela
pose, je fais remarquer que la FNESR (Fédération Nationale des
Elus Socialistes et Républicains) compte 40 à 50 000 élus !
Ce qui signifie en clair que la moitié du parti est élue ! Si
on ajoute à cela les collaborateurs, les amis, et la famille, tout
le monde est en rapport étroit avec un élu.
Je remercie Nouvelle Voix pour ce débat, et c’est dommage que
le parti n’organise pas des colloques de ce type. J’ai connu la
période où il y avait des grandes conventions thématiques ou la réflexion
se déroulait àl’intérieur du parti. Désormais nous sommes
obligés d’aller à l’extérieur pour chercher la discussion, et
de ce fait on vide le parti de sa substance.
Malik Lounes : On a manifestement un ex-« candidat
naturel », Laurent Fabius, qui a fait l’analyse selon
laquelle il faut aller chercher 3 ou 4 points chez les électeurs
d’extrême gauche. Cependant le corps électoral a changé :
on a constaté un afflux de nouveaux électeurs de gauche, qui se
sont inscrits dans la période 2002-2004, et qui se traduit par un
rapport de force gauche/droite, qui n’est plus le même que dans
les vingt dernières années. On est dans une phase politique différente,
et Laurent Fabius est en train de perdre le sens des réalités !
Le PS n’a pas besoin de l’extrême gauche pour gagner au second
tour des élections présidentielles. Nous avions donc un boulevard
devant nous pour gagner en 2007, et nous pouvions en profiter pour
avoir un vrai débat idéologique, et nous nous retrouvons à nous
poser la question des alliances, alors que nous n’en avons pas
besoin.
Jean Houel : Je suis proche du Parti Socialiste,
c’est pour cela que je suis ici. Je suis d’accord avec ce qui a
été dit ce matin. Je pense que beaucoup de militants du Parti
Socialiste sont également d’accord avec cela, mais ils pensent
qu’ils ne peuvent pas le dire. Je crois qu’ils se trompent et
j’estime que non seulement on peut le dire, mais qu’on doit le
dire.
Réponse des intervenants :
Eric Dupin
Je voudrais revenir sur la question qui nous a été posée :
Pourquoi ne peut on pas dire certaines choses ? Je crois que
l’on peut reprocher à la gauche, y compris à ses éléments les
plus modérés, de ne pas avoir le courage de lutter contre le
gauchisme. Tant qu’on laisse les Français dans l’idée que la
gauche c’est le bien et la droite le mal, alors pourquoi ne
laisserait-on pas conclure que l’extrême gauche c’est extrêmement
bien !!! Il faut sortir de cette vision manichéenne. Dire
« oui » au mouvement du monde où dire « non »au
mouvement du monde conduit dans les deux cas à une impasse. La
bataille n’est pas menée parce que très souvent le réalisme
pose de vrais problèmes. Le socialisme européen est en panne, et
Tony Blair non plus ne se fait pas applaudir par les syndicats !
Les syndicats allemands sont en conflit avec le SPD. Les socialistes
français ne peuvent donc pas prendre modèle sur un socialisme
européen qui est dans une impasse.
Le réalisme ne doit pas être un fatalisme. Doit-on
s’interdire de critiquer la division internationale du travail qui
se met en place, avec des pays cerveaux et des pays ateliers ?
La seule voie du réalisme n’est passuffisante. Il ne suffit pas
de s’adapter à un mouvement du monde qui est porteur de valeurs
contradictoires au socialisme, il est nécessaire de réaffirmer ces
valeurs. Lionel Jospin, dans son livre qui paraît ces jours-ci, a
raison de parler de « nouvelle aristocratie ». Pourquoi
les socialistes n’osent-ils pas poser la question du revenu
maximal ? Ce genre de question doit être posé. Et dans ce
cadre-là nous ne sommes pas dans le clivage entre des réalistes et
des radicaux.
Stéphane Boujnah
Une remarque sur le problème de l’ouverture du parti. Soit on
prend ce problème pour un fait, en disant que la SFIO était un
parti d’instituteurs, et qu’aujourd’hui le Parti Socialiste
est un parti de fonctionnaires, et on se condamne alors à être une
forme de clergé, prêchant un discours de moins en moins en phase
avec l’évolution de la société. Soit on décide de transformer
les choses, mais cela suppose une prise de risque : on prend le
risque de déstabiliser les forces du congrès ! Si le Parti
Socialiste avait en effet un million de membres et non cent mille,
on n’aurait pas les mêmes textes présentés aux militants.
Laurent Bouvet
Mon souci est de trouver un moyen de lever définitivement
l’hypothèque radicalo-révolutionnaire-conservatrice. On ne va
pas s’aligner sur la culture des pays voisins, cela n’a aucun
sens. Notre volonté n’est pas de normaliser, mais il faut prendre
en considération certains phénomènes.
Sur la taille du parti et sa composition sociologique, bien sûr
un parti n’a pas à être une représentation miroir de la société,
mais il faut une masse critique, car il y a un lien entre la
sociologie militante, le projet, les gens qui le portent, et la
sociologie électorale.
Pour illustrer les dangers du conservatisme je voudrais prendre
l’exemple du thème des « 2 France » de Laurent
Fabius, qui est un terrain glissant. Laurent Fabius valide le
discours de la droite. Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius disent la même
chose : Sarkozy oppose la France des statuts et la France des
compétences. Dire, comme le dit Fabius, que l’on devrait défendre
la France des statuts, c’est garantir l’échec dans le réalignement
politique qui est en cours.
Je voudrais développer un dernier point, sur Tony Blair. Je ne
suis pas convaincu par les aspects moralistes de sa politique, mais
les socialistes qui ont pour habitude de dire que ce qui
compte, ce sont les résultats électoraux, alors ils ne peuvent pas
«critiquer Tony Blair » sur ce point : il a été réélu
2 fois !
Jean-Pierre Mignard
Juste un mot pour dire qu’il faut faire attention au retour de
l’Etat nation, qui ouvre la porte au nationalisme, au passéisme,
au populisme. C’est pour cela que la question européenne est
centrale.
Philippe Herzog
Pour moi il ne faut pas rester sur un débat centré sur réformisme
et radicalité, mais se centrer sur diagnostic, méthode, contenu
des politiques. Il faut mettre en difficulté le gauchisme sur le
fond, il ne construit pas. A défaut toutes les questions sont déviées
vers un théâtre de posture politicienne.
Sur le fond les difficultés du Parti Socialiste sont criantes :
où est, par exemple, sa pensée économique ? Dans
l’organisation du monde qui se dessine, la Chine est l’atelier,
et les Etats-Unis ont un rôle clé dans la recherche et dans les
finances. Quelle sera la place de l’Europe dans le monde ?
Peut-elle se permettre d’évoquer la fin du travail ?
Doit-elle se consacrer toute entière aux loisirs ? L’héritage
du marxisme n’a pas fructifié. Après le vote du 29 mai, le choix
de Chirac du retour à l’Etat protecteur, qui a pourtant fait
preuve de son impuissance, appellerait des réactions. Et l’Europe
doit d’abord être créative, et non protectrice.
Il y a un non-dit, pour certains socialistes français, c’est
que la France n’a pas eu Thatcher pour obliger à faire des réformes.
Il faut notamment tirer au clair nos relations avec le marché.
L’héritage de Jaurès, de la Commune, c’est la participation à
la gestion, l’encouragement à l’autogestion. La perspective
bolchevique a étouffé ça : « tant qu’il n’y aura
pas le communisme, la gestion c’est de la collaboration de classe ».
Mais la social-démocratie régresse vers la simple redistribution.
Enfin, il nous faut avoir une vraie relation avec la société
civile. Une vision du rôle des associations, des syndicats, des
partenaires public-privé est indispensable pour gouverner. Nous
devons cesser de dire : « la gauche vous a donné …,
alors votez pour nous ». La gauche ne doit pas offrir, elle
doit donner aux citoyens les moyens d’agir par eux-mêmes.
Toutes ces questions sont importantes et on ne peut éviter de
les aborder. Un PS qui, en interne, n’affronterait pas le cœur de
la transformation, et qui, en externe, se fâcherait avec tous ses
partenaires européens, serait véritablement dans une impasse.
Jean-Louis Bianco
Pour conclure ce débat je voudrais d’abord remercier nos
intervenants et le public d’être venus. Nous n’étions pas forcément
tous d’accord avec ce qui a été dit, mais il faut susciter le débat,
et je demande aux intervenants de bien vouloir continuer avec nous,
pour élaborer une partie des idées qu’ils appellent de leurs vœux.
Notre parti doit se doter d’un projet politique clair, novateur,
et ambitieux. Nous avons un travail idéologique à faire, et en même
temps trouver un chemin concret pour y parvenir. Comme le débat
l’a montré, nous devons sortir de la fascination, du surmoi
communiste et gauchiste : si nous voulons gagner le congrès,
dans les débats nous devons nous assumer. Si on est plus à gauche
parce que l’on emploie le mot rupture et abrogation dans toutes
les phrases, alors en effet ils sont plus à gauche que nous.
Si nous avons créé Nouvelle Voix, c’est parce qu’on peut y
dire certaines choses, et notre ambition c’est qu’on puisse le
dire dans le parti et à l’extérieur.
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