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Congrès du Conseil Basque du Mouvement européen,
Bilbao
23 octobre 2006.
La
construction du
marché européen des services
En 1986,
la Communauté
européenne a décidé de construire un marché unique. C’était
la première étape d’un processus appelé à se poursuivre par la
création d’une Union économique et monétaire et d’une Union
politique. Dans la vision de Jacques Delors, il s’agissait de
mettre l’Europe en capacité d’affronter les nouveaux défis de
la technologie et de la mondialisation.
Vingt ans après, le
marché unique des produits et celui des capitaux fonctionnent. Par
contre l’avancée du marché unique des services s’avère très
difficile, et la liberté de circulation des personnes plus encore.
La raison d’être
d’un marché unique est de multiplier l’innovation et d’accroître
l’efficacité grâce à l’échange transnational à une large échelle.
Je soutiens cet objectif majeur, qui est un socle du projet européen.
A l’évidence, il se heurte à des résistances nationales
conservatrices. Mais ce n’est qu’un aspect du problème.
On a négligé
l’expérience historique montrant que l’accès à des services
essentiels nécessite des infrastructures à coûts fixes très élevés
et doit être conçu et géré comme un « bien public ».
Et l’on a sous-estimé ou nié le fait que la prestation de
services implique l’homme et sa relation aux autres et ne peut
donc être traitée simplement comme la vente d’un produit matériel.
Un marché unique des services efficient exige de partager des
ressources pour organiser la mobilité des travailleurs, protéger
les consommateurs, permettre l’accès de tous à des biens
publics.
Qui porte la volonté
de conjuguer ces deux exigences : libéraliser les activités
de services et organiser des solidarités à l’échelle européenne ?
Les particuliers, les entreprises, la société civile, les Etats ?
Chacun tire à hue et à dia. Beaucoup parlent de rendre compatibles
le marché et le modèle social, sans savoir comment – ou en
n’imaginant que la voie législative, alors que des cultures et
des intérêts sont en cause. Il faut plus que la règle : des
acteurs, des gestions capables de partager un développement. Je
montrerai qu’il s’agit de concevoir un capitalisme européen
partenarial.
La révolution des services
Commençons par
prendre la mesure de cette révolution qu’est le développement
explosif des activités de services.
L’allongement de
l’espérance de vie et le vieillissement, l’urbanisation, la
demande d’éducation et de santé, la mobilité appellent beaucoup
plus de services et un renouvellement de nos façons de les
organiser.
En même temps la révolution
des technologies de l’information permet de réduire massivement
les coûts d’information, donc de conception, de coordination, et
de transaction. Dès lors toutes ces fonctions peuvent être utilisées
et améliorées par chaque travailleur, partagées et enrichies par
l’interaction, elles transforment les activités anciennes et en génèrent
de nouvelles. Les services informationnels pénètrent massivement
dans l’industrie et dans les domaines classiques de services comme
la santé. Les produits incorporent les services et, dans le même
temps, les services se standardisent, se sophistiquent et
s’industrialisent. La croissance des services aux entreprises est
aujourd’hui considérable, contribuant à la fois aux gains de
productivité et à l’innovation de produits.
Il est incontestable que l’échange, et en particulier l’échange
marchand, est nécessaire pour développer l’innovation de
services et une offre efficiente. Des résistances, voire le refus
de la concurrence, à caractère corporatiste, sont manifestes dans
les services publics administrés. Beaucoup d’usagers sont attachés
à ceux-ci, et craignent les logiques de marché. D’autres résistances
proviennent des entreprises elles-mêmes, et des Etats qui en font
leurs champions. Ainsi dans le secteur de l’énergie, de grandes
entreprises nationales veulent tirer bénéfice d’un grand marché
tout en défendant leurs monopoles nationaux et leurs rentes de
situation.
Face à ces résistances,
la Commission
essaie d’ouvrir les espaces nationaux. Mais elle ne s’est pas
assez posé les questions complexes de la compatibilité du marché
avec le droit du travail, la sécurité sociale, le service public,
la cohésion sociale et territoriale. Ces questions font l’objet
de conflits entre les champions du marché et les défenseurs du modèle
social national, elles divisent les Etats-membres.
Dans
les conflits comme celui du plombier polonais en France, ou de
l’entreprise lettonne en Suède, il ne s’agit pas simplement
d’une opposition entre le marché et le social. C’est aussi
l’intérêt social d’un pays contre celui d’un autre dont il
est question, puisque pour développer leurs emplois les nouveaux
pays membres doivent accéder aux marchés des anciens. Ceux-ci
exportent déjà des services et sont souvent établis à l’extérieur
puisque leur puissance financière leur a permis d’investir. Or
les populations de ces pays riches refusent l’entrée de
travailleurs indépendants ou de petites entreprises afin de protéger
leurs salaires et statuts intérieurs. C’est injustifiable.
A
l’échelle mondiale, la libéralisation des services est une idée
neuve. L’accord général pour le commerce des services date de
1994. L’OMC a mis en évidence les 4 modes possibles de prestation
de services à l’étranger : après un investissement direct,
par la circulation des consommateurs, par celle des travailleurs
prestataires, par des échanges directs transfrontières (en
particulier le commerce électronique). Il suffit de les énumérer
pour comprendre que chacun soulève des contradictions entre la
liberté de prestation et l’ordre public et social national.
Très
limité il y a vingt-cinq ans, le commerce international explose
pour les services informationnels et financiers, pour les télécommunications.
La logistique, en plein essor, imbrique information, transport et
distribution à une échelle internationale, voire mondiale. Quand
les coûts fixes sont très élevés, dans les secteurs de l’énergie
et des transports, l’essor du commerce est freiné par
l’insuffisance d’infrastructures lourdes à dimension
transnationale. Dans les services sociaux, la dimension de proximité
pour la relation de
personne à personne est très difficile à éliminer. Les « obstacles »
au développement mondial des services sont donc encore importants.
La négociation engagée dans le cadre de l’Agenda de Doha pour
une libéralisation accélérée est en panne. La compatibilité des
choix collectifs n’est pas assurée et les Etats souverains ne
sont pas pressés d’y travailler. Et l’on prend conscience que
des services essentiels, par exemple dans le domaine de
l’environnement, appelleront la création de biens publics
mondiaux. Or l’OMC n’a aucun mandat en ce sens.
Vers
un droit positif européen ?
Chateaubriand
a écrit qu’en France, tout commence et tout finit par des
chansons. Dans l’Union européenne, tout commence et tout finit par le droit. L’Europe traite
les conflits par le droit. C’est un de ses grands apports
historiques mais aussi une de ses limites. Autant on
pense le droit, autant on ne pense guère l’économie et la
société. Je plaide pour que nous ne partagions pas seulement un
droit commun mais aussi une société civile et une économie européennes.
On en est encore loin.
Voyant
la lenteur de la réalisation du marché unique, M. Bolkestein
(ancien Commissaire européen chargé du marché intérieur) a voulu
accélérer les choses par une directive horizontale. C’était une
rupture avec la méthode prudente de Jacques Delors qui voulait procéder
secteur par secteur, avec une harmonisation suffisante des règles
nationales. Quelles que soient les critiques à leur égard, les
directives sectorielles incluent des notions de service universel et
de sécurité d’approvisionnement. Que cela fonctionne bien est
une autre question.
Une
directive horizontale est utile pour éliminer des protections
administratives et corporatistes plus ou moins clientélistes. Cela
étant, la société civile européenne - notamment
la Confédération
européenne des syndicats (CES) et le Conseil des villes et régions
d’Europe (CCRE) -, s’est mobilisée pour qu’elle respecte les
règles jugées légitimes de l’ordre public et social national. Saisi
d’un texte axé unilatéralement sur des mesures de libéralisation,
le Parlement européen a souligné le besoin de respecter ces règles.
Il a bien fait son travail et nous avons un compromis utile.
Les services juridiques, informatiques,
logistiques et de distribution, qui conditionnent l’échange
international, en particulier intra européen, sont dans le champ de
la directive. Par contre, les services d’intérêt général sont
exclus pour l’essentiel. Le
principe du droit du pays d’origine est écarté
et celui du pays d’accueil retenu mais encadré : les règles
d’ordre public intérieur doivent être justifiées (santé,
environnement…), et respecter des principes de non-discrimination,
de nécessité, et de proportionnalité. Le droit social et le droit
du travail ne sont pas affectés, mais des précisions seront nécessaires,
en particulier pour le détachement des travailleurs.
Ce
texte va faciliter la liberté d’établissement des firmes et des
professions libérales à l’étranger, supprimer des rentes et
monopoles abusifs. Mais des questions fondamentales demeurent non résolues :
la mobilité des travailleurs, la protection des consommateurs, les
conditions d’accès aux services d’intérêt économique général
(SIEG) dans un espace plurinational concurrentiel.
Comment
voulez-vous bâtir un marché unique des services quand le
consommateur reste national, le travailleur aussi, les réseaux et
les services publics également !
Depuis
le Traité de Rome le droit est européen pour le marché et la
concurrence, mais strictement national pour les services d’intérêt
général – SIG - (tant pour leur définition et leurs missions
que pour l’organisation).
Les
cultures et les modes d’organisation diffèrent profondément
d’un pays à l’autre. Service
public en France : l’Etat est garant d’une bonne
prestation. Public utilities
en Angleterre : soyons pragmatiques, une régulation
doit permettre l’accès de tous. Daseinvorsorgen en Allemagne : il s’agit de services de prévoyance sociale,
accessibles à proximité. Services
d’Etat dans les anciens pays communistes : on servait
l’Etat, pas les usagers.
Faut-il accorder nos violons ? Beaucoup
s’en moquent ou ne le veulent pas : chacun chez soi !
Jacques Delors a fait beaucoup pour promouvoir
une politique sociale dans l’Union : un droit du travail, un
dialogue social, des fonds structurels. Mais partager des principes
et des actes pour les SIG reste une idée neuve.
L’action pour une perspective européenne est
toute récente. Elle a commencé il y a une dizaine d’années avec l’objectif
d’une charte ; en 2000, Claude Desama, député européen
belge, propose d’élaborer une directive « cadre ».
Lançant une consultation avec un Livre vert,
la Commission
a accepté d’ouvrir le débat en 2002.
Dans
sa majorité, le Parlement européen a demandé une législation sur
les SIEG, d’abord avec le rapport Langen
(2001), puis avec mon rapport en 2004. Mais en 2006
la Commission
européenne n’a toujours pas pris position et le Parlement européen,
reprenant le dossier avec le rapport Rapkay, marque beaucoup
d’hésitations.
Les
votes négatifs en France sur le projet de Traité constitutionnel
n’y sont pas pour rien. Ce texte appelle explicitement à légiférer
sur les SIEG et il constitutionnalise
la Charte
des droits fondamentaux qui inclut l’accès aux SIEG.
Mais
quelle législation ? La gauche milite pour une directive-cadre,
qui préciserait les principes de respect des droits fondamentaux
pour les SIEG aux niveaux national et communautaire. Cette
conception reste minoritaire. La société civile organisée craint
une directive cadre où
« Bruxelles » imposerait des obligations de service
public. Les Villes et Régions veulent préserver leur liberté
d’administration. L’argument de respect de la « subsidiarité »
est utilisé unilatéralement au profit de l’Etat-nation. Il est
opposé au partage des biens publics.
La résolution
par laquelle le PE a approuvé mon rapport traduit un compromis.
Nous parlons d’actes juridiques en co-décision : les mots
« cadre » et « directive » font peur. Nous
voulons réduire la pression du marché et de la concurrence, ou
plus exactement l’encadrer, pour que les choix décentralisés en
matière de services d’intérêt général soient plus libres. Il
ne s’agit donc pas encore
d’une volonté de partager des services d’intérêt général au
niveau européen. Dans un premier projet de rapport j’avais fait
ce choix : ce fut un tollé général à droite comme à
gauche. J’ai du ajuster le tir. Mais je demeure convaincu, qu’à
côté de SIG locaux et nationaux, il faut aussi des SIG européens,
par exemple pour que les jeunes acquièrent une éducation européenne dès
l’école ; pour des missions communes de santé publique et
d’information ; pour l’environnement, par exemple avec des
réseaux transeuropéens de transport « propre » -
ferroutage et fret marchandises - , pour la sûreté nucléaire et
l’efficacité énergétique… C’est une perspective à faire mûrir.
Dans
un premier temps la législation devrait définir des principes
communs afin d’accorder les notions nationales de « services
d’intérêt général ». Car les Traités ne définissent
pas les SIG : ceci reste la prérogative des Etats… Ils ne définissent
pas non plus les « SIEG » mais exigent qu’ils soient
soumis aux règles de la concurrence. Quel drôle de droit !
Qu’est-ce qui est « économique » et qu’est-ce qui
ne l’est pas ? Mystère. En fait
la Cour
de justice et
la Commission
européenne s’arrogent l’interprétation en l’absence de choix
démocratiquement effectués. Rappelons que
la Commission
a une compétence exclusive, mais seulement pour la politique de la
concurrence.
Ces
Traités sont aussi dépassés par les réalités. Car la
distinction entre les SIG dits « économiques » parce
qu’existe un marché, et ceux qui ne le sont pas, ne veut plus
rien dire quand le marché, l’administration publique, et l’économie
sociale sont de plus en plus imbriqués.
S’accorder
sur des principes communs de définition des SIG permettrait d’éviter
les conflits entre Etats, les uns défendant une entreprise
commerciale, les autres une administration. A partir de là, on
pourrait ajuster les règles de la concurrence, de façon à ce que
la liberté d’organisation et le financement des SIG soient
facilités. Aujourd’hui par exemple, les services intercommunaux
peuvent être soumis aux règles des marchés publics et des appels
d’offres. Les entreprises locales et les sociétés d’économie
mixte sont soumises aux règles générales du droit commercial. Les
associations caritatives et l’économie sociale en général
aussi. Tout ceci est excessif.
Sur
la question des aides publiques,
la Commission
– qui est juge de leur bien-fondé – a
assoupli sa position. Avec
le paquet Monti – Kroes, elle
admis qu’il n’y a pas obligation de notifier ces aides pour le
logement social et les hôpitaux. Les seuils en dessous desquels une
collectivité n’est pas obligée de notifier (par exemple quand
elle « aide » des PME) ont été doublés. Et quand une
aide est notifiée,
la Commission
la validera à condition de respecter les règles énoncées dans
l’Arrêt Altmark. De bonnes règles axées sur la
transparence et la proportionnalité… Sauf la 4ème.
Pour juger s’il y a excès d’aide publique, celle-ci oblige à
comparer les coûts à ceux d’une entreprise commerciale bien gérée.
Or, dans beaucoup de secteurs, il n’est pas possible de se
comparer à une entreprise commerciale locale, ou bien les finalités
diffèrent, par exemple s’agissant des services sociaux.
De
façon générale
la Commission
a lancé le mot d’ordre : better regulation. L’idée est bonne. S’agissant des SIG, il
faut certainement moins réglementer. Mais aussi le faire mieux, et
pour cela établir un cadre législatif clair et simple. Il ne faut
pas que l’harmonisation signifie uniformisation. Mais elle doit être
ciblée sur l’essentiel – ce que l’on partage vraiment, ce qui
ressort de l’intérêt mutuel - avec des critères qui équilibrent
des principes de marché et des choix collectifs.
Vers
une régulation européenne ?
L’approche normative est nécessaire, mais
insuffisante, pour que le marché fonctionne : il faut aussi
des « régulations ». Attention aux mots : on
confond réglementation et régulation, dans la langue anglaise – qui pense au marché
–, comme dans la langue française, qui pense à l’intervention
d’Etat. La régulation d’un système, c’est autre chose.
Dieter Helm, économiste anglais, la définit comme la combinaison
de règles, mais aussi d’incitations et de coordinations, visant
à garantir à la fois une concurrence effective et le respect des
choix sociétaux et environnementaux. Par exemple dans le secteur de
l’énergie, la tarification et les investissements publics sont
des outils de régulation car les prix du marché et les critères
de rentabilité ne garantissent ni la cohésion sociale ni des
investissements d’infrastructure et de capacité suffisants.
Pour fabriquer le marché unique, l’Union
européenne a commencé par des directives obligeant à briser les
monopoles nationaux afin d’ouvrir les marchés nationaux, avec
deux dispositifs : l’accès des autres prestataires au réseau
national, et la séparation du producteur et du régulateur (avec la
création d’autorités nationales de régulation). Mais la compétition
effective reste difficile ; dans beaucoup de secteurs les échanges
transfrontières n’augmentent que lentement ; et la cohérence
avec les choix sociétaux et environnementaux n’est pas assurée.
D’où l’émergence du problème de la régulation à l’échelle
européenne.
Pour l’approfondir, je propose une typologie
fonctionnelle des domaines de SIG en cinq secteurs :
-
Les industries de réseaux
de services classiques : énergie, transport, communication.
-
La santé et les services
sociaux personnels d’intérêt général.
-
Les services informationnels
et l’éducation.
-
Les services de traitement
de l’environnement.
-
Les services financiers.
Les industries de réseaux de services font
l’objet de directives sectorielles de libéralisation et aussi de
dispositifs de régulation. Mais les problèmes s’accumulent.
Dans le secteur de l’énergie, même
l’hebdomadaire anglais libéral
The Economist reconnaît la nécessité de biens publics :
des réseaux d’interconnexion, une politique extérieure commune
notamment pour les relations avec
la Russie.
Dans la mise en œuvre de la politique de
concurrence,
la Commission
retient l’espace national comme marché pertinent, et pour forcer
son ouverture, elle veut dé-intégrer les grands groupes nationaux
intégrés (unbundling),
avec notamment la séparation de la production et du transit. Ces
groupes s’y opposent, argumentant qu’ils doivent rester de
grands ensembles vu la taille nécessaire pour pouvoir investir et
le besoin d’utiliser les profits élevés prélevés au niveau des
transits. Avec les concentrations en cours la structure du marché
européen sera oligopolistique, or
la Commission
ne sait pas réguler une concurrence oligopolistique. Elle cherche
à placer des obligations de service public au niveau des transits
et à encadrer les prix (les tarifs transfrontières sont élevés
et très différents d’un pays à l’autre). Mais les Etats
refusent la mise en place d’un régulateur européen, bien que la
coordination (et la qualité) des régulateurs nationaux soit
faible. L’interconnexion des réseaux est une dimension
essentielle de la solution du problème, mais elle requiert des
investissements massifs. A défaut, il n’y aura pas de marché
unique, mais par exemple pour l’électricité une segmentation en
marchés sub-régionaux.
Les particuliers espèrent que le marché entraînera
des baisses de prix. Ce ne sera pas le cas. Il faut certes expliquer
que l’énergie sera durablement plus chère et que c’est justifié
pour l’environnement. Mais il faudra réguler les marchés de
gros, empêcher la volatilité des prix et établir des obligations
de service public au niveau de la distribution. D’autre part, les
signaux du marché ne suffisent pas à provoquer les investissements
massifs nécessaires dans un espace désormais en sous-capacité énergétique.
Hier l’Etat décidait de grands programmes d’investissements énergétiques.
Aujourd’hui ce sont les grands groupes énergétiques et les
grands investisseurs financiers qui décideront. Leur laisser le
choix entier des sources et la sélection des investissements ne
pourrait qu’aggraver la zizanie entre les nations. Il faut
accorder les choix des Européens pour le mix énergétique au
niveau des sources et pour assurer l’efficacité énergétique :
bâtir l’acceptabilité du nucléaire en communautarisant la
recherche et la solution des problèmes de sûreté et de sécurité ;
bâtir l’intérêt mutuel avec
la Russie
; etc… Loyola de Palacio et François Lamoureux avaient su
lancer le défi d’une politique énergétique commune, sa réalisation
achoppe encore sur les égoïsmes nationaux.
Dans les transports aussi les réalisations sont
lentes, sauf pour le transport aérien. Or on ne pourra réduire
massivement les émissions de CO2 sans une politique de
transport propre, qui ferait notamment du fret et du ferroutage un
impératif de service public européen. Pour les télécommunications,
l’Union a su mettre en place des normes communes, par exemple pour
les téléphones mobiles. Mais la régulation reste enfermée dans
l’espace national, et l’échange transfrontières reste coûteux,
comme pour l’énergie. La duplication des investissements a
provoqué une crise dans l’industrie, qui hésite toujours sur ses
choix stratégiques, et ne sait pas combiner contenus et contenants,
la carence d’une politique de la demande étant évidente.
La santé et les services sociaux d’intérêt
général ne font pas l’objet de directives de libéralisation,
donc a fortiori de régulations européennes. Ces services relèvent
de l’ordre public national et le financement est assuré par des régimes
de sécurité et de protection sociale nationales. Pourtant un statu
quo n’est pas souhaitable. Une circulation des patients et des
personnels de santé a commencé, elle appelle des dispositifs de
partage des coûts. Les problèmes de santé publique dépassent les
frontières. L’amélioration et l’efficacité des systèmes de
santé nationaux exigeront des coopérations en Europe faisant une
large place à la mutualisation des ressources et à l’innovation.
L’Europe devrait aussi être capable de politiques industrielles
de santé, mais elle n’a même pas encore un marché intérieur du
médicament.
S’agissant des services sociaux personnels,
l’exigence de proximité domine, mais là aussi le besoin de
circulation transfrontières progresse. Une directive sectorielle
est envisagée. Elle devra faire place à l’économie sociale en
rompant avec la traditionnelle notion de « tiers secteur »
entre marché et Etat. Il s’agit de reconnaître la place sur le
marché des associations prestataires et des mutuelles à but non
lucratif, et d’établir que les conventions sociales peuvent avoir
la même valeur que des missions publiques.
L’Union a forgé un important droit de
l’environnement d’où découlent des objectifs de qualité et
des principes de gestion que chaque Etat doit respecter. Cela étant,
l’organisation des services est essentiellement locale et régionale.
Elle est soit administrée, soit déléguée à des opérateurs privés,
notamment pour le traitement des eaux et des déchets. Ces services
ne font pas l’objet de directives de libéralisation. Il y a peu
de coopérations publiques transfrontières et c’est par les
grands opérateurs privés que progresse l’innovation, mais de façon
sélective selon les capacités des collectivités locales.
Dans les services informationnels, les problèmes
de régulation sont posés à l’échelle mondiale : ainsi
Internet est un bien public mondial régulé par une entreprise privée
américaine ! L’Union est divisée par la barrière des
langues mais surtout par des Etats soucieux de préserver une
tutelle sur « leurs » citoyens. La directive Télévision
sans frontières accorde tant bien que mal l’ouverture au marché
et les règlements nationaux. Il n’y a pas de télévision ni de
cinéma européens – la circulation des informations et des œuvres
qui permettrait de créer un espace public et culturel commun reste
très pauvre.
Dans les services financiers,
la Commission
a développé un vaste Plan d’action pour jeter les premières
fondations du marché européen. La procédure conçue par Alexandre
Lamfalussy a donné une grande place à la consultation des
professionnels et à la coopération des régulateurs nationaux.
L’harmonisation des règles progresse. La transposition et la
supervision sont moins rodées. Le marché des obligations
fonctionne bien, celui des actions démarre. Un « passeport
européen » des investisseurs a été créé grâce à
l’harmonisation des règles de fonctionnement des lieux de
transaction et des conditions de l’offre de valeurs mobilières.
C’est un « marché de gros » qui se met en place. Mais
le « marché de détail » des services bancaires et
assuranciels pour les particuliers reste à bâtir.
Il
faut mesurer la difficulté ! Les consommateurs, leurs modes de
paiement et d’épargne sont typiquement nationaux. Les
transactions transfrontières sont difficiles et très coûteuses.
Sous l’impulsion de
la Commission
et de
la BCE
, la création d’un système européen des paiements a été décidée.
En 2010 les administrations devront avoir interconnecté leurs systèmes.
Pour les particuliers, c’est aux banques d’investir ; la réalisation
est plus éloignée. Concernant l’épargne et les crédits les
travaux démarrent à peine. Les banques locales et nationales
tiennent à garder leur clientèle. Les Etats veulent continuer de
pomper l’épargne pour financer les déficits publics. Les
systèmes de financement de la retraite sont fragmentés au maximum.
Une question clé
est l’harmonisation de la protection des consommateurs-épargnants.
La situation n’est pas brillante. Les marchés sont des marchés
de vendeurs, et l’adéquation de leurs produits aux besoins n’a
rien d’évident. Les
banques, les assurances, et les fonds collectifs assument mal les
fonctions de conseil, et
devraient tenir compte des grandes différenciations de la clientèle.
L’Union souhaite s’attaquer à ces problèmes. Des obligations
d’information et de conseil s’élaborent. Mais la grande
faiblesse des mouvements de consommateurs et du syndicalisme européen,
et la carence d’éducation financière, sont autant d’handicaps.
La consolidation
bancaire paneuropéenne a commencé. Elle se heurte bien sûr aux
logiques de champions nationaux – comme dans le secteur énergétique
–. Concernant les bourses, la consolidation sera-t-elle européenne
ou transatlantique ? Le débat sur le type de modèle européen
souhaitable n’a pas eu lieu : fédéralisme, ou centralisme ?
Ces enjeux soulèvent
la question du rôle du niveau politique : n’a-t-il rien à
dire, faut-il que les acteurs de marché décident seuls ?
N’a-t-on pas eu tort de banaliser le service financier et d’en
faire un service commercial comme les autres ? Dit autrement,
les banques n’ont-elles pas aussi des fonctions de service d’intérêt
général ? Et l’Union ne doit-elle pas soustraire à la décision
du marché certains services qui ont le caractère de biens publics,
comme le règlement et la livraison des titres (en faire des
« utilities » au lieu de les privatiser) ?
Le bon
fonctionnement d’un système financier intégré soulève encore
d’autres questions.
Le marché
redistribue les ressources et les risques. Mais de grands besoins de
mutualisation transfrontières existent, qui ne trouvent pas de réponses :
pour la retraite, le financement des PME, l’innovation, le développement
territorial… D’énormes asymétries d’information existent
dans le système, dont on n’a cure. L’information n’obéit
qu’à la stratégie commerciale. La réforme des normes comptables
est restée une affaire d’initiés où la défaillance politique a
été flagrante. La supervision (le contrôle effectif des acteurs
du système après que les règles aient été adoptées) est défaillante
au niveau européen. Ne
faut-il pas, comme l’envisageait Alexandre Lamfalussy, mettre en
place un régulateur européen ?
Last but not least, la fiscalité.
La Commission
a su, malgré le peu de compétences qu’on lui concède,
s’attaquer aux paradis fiscaux. Mais à l’évidence si la
fiscalité de l’épargne et de l’investissement n’est pas
harmonisée, on a un obstacle fondamental à l’intégration et à
la solidarité.
Au total, l’épargne abondante des différents pays reste peu mobilisée
à l’échelle paneuropéenne, et l’Europe continue de
sous-investir.
Vers un capitalisme partenarial européen
Résumons-nous. Dans certains secteurs un marché
européen des service se crée, dans la plupart les marchés locaux
et nationaux perdurent – et perdureront. Si l’on veut développer
beaucoup plus l’intégration, il faut se poser les questions
fondamentales : les Etats, les sociétés, les entreprises, le
veulent-ils ? La pression du marché suffira-t-elle ? Une
volonté politique existe-t-elle ? Je suis absolument convaincu
que la société civile européenne doit s’affirmer beaucoup plus
si l’on veut avancer.
Il faut d’abord que les citoyens soient
convaincus du bien fondé du marché !
Par exemple : pourquoi donc un marché
unique de l’énergie, sinon pour créer des solidarités bénéfiques
pour le consommateur ? Sans cohérence des choix des sources,
sans investissements d’interconnexion et sans régulation des
prix, ce n’est pas possible.
C’est encore plus compliqué pour les services
financiers. Avec une démographie déclinante et une espérance de
vie croissante, épargner pour la retraite est indispensable.
Epargner en actions aussi, puisque cela conditionne le dynamisme économique.
Pour mutualiser et réduire les risques, il y a besoin de fonds
collectifs diversifiés à caractère transfrontières. Mais ceci ne
sera pas possible sans une harmonisation des systèmes de protection
sociale nationaux.
Et puis la mobilité des travailleurs est à la
fois une condition et un catalyseur pour le développement des
services transfrontières. On sait que
la Grande-Bretagne
, l’Irlande, l’Espagne, ont bénéficié d’importantes
migrations de travailleurs en provenance des pays d’Europe
centrale et orientale mais que ceux-ci se plaignent d’hémorragie
des travailleurs qualifiés. Il faudra organiser des compensations,
des allers-retours sécurisés, voire créer des doubles nationalités
– bref retrouver un esprit de mutualité. Au-delà de la
reconnaissance mutuelle des compétences, des conventions
collectives sont nécessaires pour la mobilité.
Tout ceci montre la nécessité de partager à
la fois le marché et des solidarités.
Les Etats devraient partager des principes communs pour les réformes
des gestions publiques. Sinon comment se rapprocher et coopérer sur
des questions aussi sensibles que la protection sociale, la mobilité
sur le marché du travail ou les services d’intérêt général ?
On peut bien railler la « méthode ouverte de coordination »
lancée dans le cadre de
la Stratégie
de Lisbonne, mais l’Union pouvait-elle faire autre chose, dès
lors que les Etats lui refusent des compétences ?
Pour partager des principes communs, encore
faut-il vouloir connaître ce que font les autres. Par exemple en
France on dénigre trop souvent les réformes entreprises en
Grande-Bretagne sans les connaître. Dans ce pays la libéralisation
a été combinée à des régulations et des investissements
publics. Souvent ceux qui défendent des statuts publics protecteurs
refusent ces comparaisons. Il est vrai que les statuts sont affectés
par la concurrence et que dans beaucoup de pays réformateurs, les
fonctionnaires sont devenus des agents comme les autres, couverts
par des conventions collectives.
L’harmonisation fiscale est, je le répète,
une question essentielle. Elle doit commencer par l’adoption des mêmes
principes pour la fiscalité de l’épargne et des capitaux.
L’homogénéité des définitions de
résident et de non résident
est un des aspects les plus sensibles.
‚
Une culture, une gouvernance, un contrôle européen des entreprises
sont particulièrement nécessaires dans les domaines de services
essentiels.
L’actualité des concentrations et
restructurations en Europe souligne les divergences entre
Etats-nations dans des domaines comme l’énergie, la finance ou
les télécommunications. Chacun, même s’il s’en défend,
pratique le « patriotisme économique » et tente de
faire prévaloir des intérêts nationaux supposés. Mais ceci ne résiste
pas à des contradictions croissantes. Les « champions
nationaux » ont souvent pris des positions de force dans
d’autres pays : les défendre unilatéralement se heurte à
l’exigence de la réciprocité et de l’intérêt mutuel. Souvent
la majorité de l’actionnariat est à l’étranger et de même
pour l’emploi : ne pas partager leur contrôle serait aller
au devant de grandes désillusions.
On sait que des décennies d’efforts de
la Communauté
européenne ont largement échoué sur les questions du statut, des
OPA, de la fiscalité, et de la gouvernance des entreprises. Mais ce
n’est pas une raison pour abandonner la partie. Car la
globalisation s’accélère, et voici les investisseurs chinois,
indiens, russes sur le marché du contrôle ! Il faut établir
des règles de gouvernance et de contrôle partenarial des
entreprises européennes. Les notions de responsabilité sociale et
environnementale (RSEE) sont utiles mais ne suffisent pas. Le droit
des sociétés doit être harmonisé et il faut aussi bâtir un système
européen de relations industrielles basé sur le dialogue économique.
Le projet de l’entreprise, sa stratégie, l’anticipation, le
choix et la gestion des restructurations, doivent se discuter et se
partager. Quant au contrôle, il appelle un actionnariat paneuropéen
stable, des pactes d’actionnaires, pour lesquels les fonds
collectifs et les investisseurs institutionnels doivent être
responsabilisés.
Les entreprises publiques sont-elles condamnées
à la privatisation ? Les mesures de libéralisation de
Bruxelles mettent en cause les monopoles nationaux, mais elles
n’obligent pas à privatiser. Certes la pression économique est
forte. Pour trouver des ressources, l’entreprise publique doit se
tourner vers le marché et ouvrir son capital. Dès lors les
entreprises publiques sont placées dans un univers progressivement
concurrentiel. Le devoir d’efficacité découle de la pression du
marché, mais comment le relever tout en assurant des missions de
cohésion et d’intérêt public ? Il faut concevoir des
entreprises mixtes, à la fois commerciales et de service public.
L’Union devra permettre et soutenir la diversité des types
d’entreprise. Ainsi il y a besoin d’entreprises de référence
dans le domaine de l’électricité, susceptibles de vivre en
surcapacité, faute de quoi le système ne peut assurer la sécurité
d’approvisionnement. On ne pourra résoudre ces problèmes que si
salariés et consommateurs participent à la gestion.
L’existence de monopoles naturels pour les
infrastructures de réseau conduit
la Commission
à déplacer les OSP à ce niveau. On pourrait aussi reconnaître
leur caractère d’établissement public. D’autre part l’Union
doit créer des entreprises communes – Galileo est l’exemple à
suivre – parce que le privé n’assume pas spontanément des
projets innovants essentiels.
ƒ
Le développement de partenariats public-privé (PPP) apparaît dans
ce contexte comme une immense opportunité. Des centaines de
milliards d’euros d’investissements d’intérêt public sont
aujourd’hui en souffrance dans l’Union. Ils pourraient être réalisés
si on levait les obstacles aux PPP. Il ne s’agit pas seulement de
pallier à l’insuffisance durable des financements publics grâce
au financement privé. Il s’agit tout autant de développer et
diffuser l’innovation en partageant les risques, d’accroître
l’efficacité de la prestation et de l’infrastructure. Nombre
d’Etats pratiquent déjà la délégation de SP au privé. Mais il
s’agit aujourd’hui de plus que cela : créer des
entreprises partenariales autour de projets communs. Des contrats
complexes impliquant des répartitions durables de responsabilités
associent des firmes et des collectivités publiques. Entreprises et
collectivités se partagent les rôles et les risques. Bien entendu
ce n’est pas simple. Qui portera la dette ? Les risques
sont-ils bien répartis ? Le droit européen ne voit pas ces
questions, car il est obnubilé par le respect des règles des marchés
publics. Il confond la transparence et la généralisation des
appels d’offres. Or les PPP ne sont ni des marchés publics ni des
privatisations. Il ne faut pas réglementer à tort et à travers.
Par contre il faut que les collectivités locales, souvent en asymétrie
d’information, se dotent d’une capacité de contractualisation
et de cogestion. Il est évident que de grands projets d’intérêt
européen n’aboutiront pas sans des PPP.
La BEI
et d’autres institutions financières devront mieux assumer leur
part dans la mutualisation de ressources et la prise de risque.
„
Un phénomène émergent, et passionnant, est la prise de conscience
de ces enjeux par les collectivités territoriales. Des phénomènes
objectifs y poussent : la mondialisation entraîne la déterritorialisation
d’activités et son contraire, de nouvelles localisations. Le développement
des services appelle l’intégration locale à des réseaux
transfrontières, et contradictoirement il impose la proximité. En
bref le problème de la cohésion économique et sociale
territoriale est en plein renouvellement.
De
la Grande-Bretagne
aux pays membres d’Europe de l’Est, les réformes de décentralisation
redistribuent les responsabilités vers les collectivités
territoriales. En même temps l’Etat veut garder sa tutelle :
j’ai vu en République Tchèque les élus locaux se plaindre
d’un chaos bureaucratique. Ils se tournent vers les associations
et vers les entreprises pour les aider à répondre aux besoins des
populations. Ils doivent développer des compétences, concevoir
leurs relations aux utilisateurs et aux fournisseurs. A l’Union
ils demandent des conseils et des appuis.
Malheureusement les Etats membres poussent à la
renationalisation des politiques régionales et ils refusent le
budget nécessaire à la croissance des fonds structurels. Un combat
politique est indispensable pour les en empêcher et réaliser
l’objectif de cohésion sociale et territoriale affiché dans
la Stratégie
de Lisbonne. Je n’ai pas de souci pour les villes et les régions
les plus fortes et les plus compétentes, mais les autres ? Il
leur faut participer aux réseaux européens de communes et régions,
qui doivent mutualiser les expériences et les projets, fédérer
les efforts.
*****
Pour
conclure, j’observerai d’abord qu’il faut bien plus et mieux
qu’une directive transversale pour bâtir un marché unique des
services. Au moins un plan d’action, reposant sur la volonté des
acteurs, des Etats, et un affectio
societatis.
Ceux
qui crient haro contre
la Commission
se livrent à la facilité : les Etats-membres constituent
l’obstacle principal.
Ceux
qui réclament du social et dénigrent le marché se livrent aussi
à la facilité. Les sociétés ont besoin des deux. Or les intérêts
des différentes nations sont différents, il faut avoir le courage
de le reconnaître. Il ne suffit pas d’exiger des solidarités et
d’en déléguer la responsabilité aux Etats ou à l’Union :
il faut les assumer soi-même ! Ceux qui s’opposent à la
liberté de circulation des personnes et à la réforme des gestions
publiques tournent le dos aux solidarités entre Européens.
Dans
la situation difficile actuelle, rien n’est plus important que de
remobiliser la société civile et d’entreprendre de « former
société en Europe » : cette raison d’être de notre
association Confrontations Europe.
La
culture du partage n’est pas une évidence, elle se crée. Il faut
pouvoir devenir européen par l’éducation, dès l’école. Il
faut devenir européen grâce à une mobilité sur le marché du
travail européen permettant d’améliorer considérablement la
compétence et la qualification. Il faut pouvoir pratiquer le
dialogue économique et social transfrontières ; participer à
des coopérations interrégionales ; accéder à des réseaux
de services transeuropéens.
Quand
on parle de « citoyenneté européenne », on ne voit pas
tout cela, on ne pense qu’à la surface des choses. Une telle
citoyenneté manque encore de fondations.
Aux
institutions politiques nous demandons de créer les conditions sans
lesquelles il est très difficile aux Européens de se rapprocher et
de vivre leur relation. Chacun devrait pouvoir inscrire ses projets
de vie dans l’espace commun. Voilà la véritable perspective
politique, elle seule donnera sens au marché et au droit, qui sont
si difficiles à partager.
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