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Confrontations Europe

Deux tables rondes ont rassemblé des orateurs représentants des pays membres de l’UpM (Algérie, Maroc Turquie, France, Espagne, etc.) et les institutions communautaires. 150 personnes ont participé aux débats qui ont soulevé beaucoup de questions pour que l’UpM devienne véritablement un moteur du développement durable de toute la région.
Claude Fischer, présidente de Confrontations Europe, cible dans cet article, quelques points qui sont venus dans le débat. Ils permettent de mieux comprendre la situation et ouvrent des pistes d’action pour la faire évoluer positivement(1).

+ d’info sur la conférence sur l’UpM du 12 mai 2010

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Fondée en juillet 2008 en présence de 43 Etats, l’UpM devait "réveiller" le processus de Barcelone et dynamiser les projets de coopération entre les pays de l’Union européenne et les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée.
Deux ans après, la confiance est minée : les projets de coopération et de développement n’ont mobilisé ni les Etats, ni les acteurs de la société civile, ni les ressources financières... Pire, les déséquilibres Nord/Sud et Sud/Sud se sont aggravés, et continuent - confortés par la crise - à se creuser ; avec en toile de fond des risques de fractures économiques, sociales et humaines.
"Laissez-nous du temps" clament d’une seule voix les représentants de l’UpM et ceux qui - à la Commission européenne ou au Parlement européen - défendent le projet en l’état. Il ne s’agit pas ici de nier les efforts et les réalisations, mais de nous interroger sur les blocages, la lenteur du processus et la perte de confiance. La création du secrétariat général, qui sera présidé par Ahmad Massa’deh, entouré de six secrétaires généraux adjoints, suffira-t-elle à l’UpM pour avoir une influence réelle dans une région à la recherche tout à la fois de sécurité, de paix et de développement durables ?

Le processus de Barcelone pour un partenariat EuroMed lancé en 1995 affichait de grandes ambitions : renouer les liens historiques autour de la Méditerranée, fragilisés par un passé colonial aux séquelles encore douloureuses par des crises graves qui traversent les pays du Sud et par les guerres au Moyen Orient, créer une zone de libre échange...
En se limitant à une approche "projets de coopération", l’UpM s’est-elle donné les moyens d’une relance ?
Lors d’un séminaire à Bruxelles, l’ancien ministre algérien de l’Industrie et des Mines, Abdenour Keramane, pense que "s’ils sont nécessaires, ces projets sont insuffisants" pour affronter les défis et construire un espace de paix et de développement partagé. Prenant l’exemple de l’énergie, il affirme que les relations, intenses, ne sont pas satisfaisantes : basées sur des échanges essentiellement commerciaux des énergies fossiles, elles ne sont pas encore des coopérations industrielles cohérentes et soutenables, s’appuyant sur nos atouts respectifs et complémentaires, les ENR (énergies renouvelables), véritable gisement au Sud, et les technologies diversifiées et performantes au Nord. "Il ne suffira pas de nouer des contrats" a-t-il insisté, mais de créer des incitations aux investissements nécessaires, dans les hommes, les infrastructures et les usines, et d’organiser une mobilité positive entre les deux rives, alors que les problèmes des visas pour les gens du Sud sont récurrents et se sont même aggravés ces vingt dernières années.

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Par ailleurs, les projets, pourtant bien ciblés(2), sont décontextualisés : comment les réaliser dans une région complètement "marginalisée, en proie à des conflits majeurs ?" selon le député européen espagnol, membre de l’APEM, Raimon Obiols i Germa. La guerre israélo-palestinienne et le blocus de Gaza, la Cisjordanie, le Sahara occidental, Chypre, sans parler des crises internes dans de nombreux Etats membres de l’UpM (comme en Egypte) renforcent les divisions du Sud et l’absence de volonté régionale, et sont sans doute un des facteurs clefs de l’échec.
L’articulation entre les projets économiques de co-développement qui permettraient de dépasser les problèmes politiques et les conflits n’est pas encore trouvée !

La coopération au sein même de l’UpM et son devenir, dépendront des réponses que le Sommet de Barcelone apportera en termes de développement réel de paix et d’expansion des libertés en Méditerranée... et en termes de gouvernance. Car l’UpM, intergouvernementale, est confisquée par la France : la Commission européenne est "en dehors", et la majorité des Etats membres ne se sentent pas responsables, boudant les réunions ministérielles préparatoires au Sommet de Barcelone(3). La France espérait-elle construire une zone de développement et de coopération pour les pays du pourtour de la Méditerranée, un peu comme ceux du Nord qui construisent une "zone baltique" ? Sauf que la Baltique n’est pas la Méditerranée et il faudra beaucoup de cohérence, de solidarité et de vision stratégique de toute l’Union européenne pour construire un espace de vie et de coopération intégré et pacifié, au sein duquel chaque pays pourrait évoluer à son rythme - avec sa spécificité culturelle - sur la base d’objectifs de convergences multiples : sociales et économiques, environnementales, mais aussi politiques et démocratiques. Or, ce n’est pas le cas : les pays du Nord, l’Allemagne, n’ont jamais été favorables à l’UpM, et leurs projets bilatéraux avec le Sud, non coordonnés avec ceux de l’UpM, viennent en concurrence et compromettent leur réalisation(4).

"C’est nécessaire et urgent", a pu dire Bahadir Kaleagasi, représentant permanent de TUSIAD (l’association des entreprises et des industries de Turquie) auprès de l’Union européenne, car l’avenir de l’Europe dans le monde se joue dans sa capacité à rassembler son "environnement", or aujourd’hui, la Méditerranée est plus loin que les USA ou l’Asie, et "l’UpM avec ses 43 pays, 47 ou 50 demain, est plus petite que l’Inde" a-t-il ajouté.

L’expérience de l’Union européenne, ses réussites et ses échecs, est un formidable atout pour réussir l’UpM. Sans transférer son modèle institutionnel, on peut s’interroger sur l’efficacité du secrétariat général, conçu comme une haute administration d’un gouvernement introuvable ! La vision très administrée du développement - on confie les six grands chantiers de l’UpM à six secrétaires adjoints représentants six pays(5), ayant en charge de collecter les projets et de les labelliser - risque de décevoir ! Car on ne crée pas du lien social, comme a pu le rappeler le syndicaliste européen Tom Jenkins, ni une économie compétitive et dynamique, avec un secrétariat général - fût-il vertueux - mais avec les acteurs de la société civile qui peuvent former des réseaux, dialoguer entre eux et avec les institutions politiques... L’ARLEM, le réseau de 86 villes de la Méditerranée, ne dit pas autre chose quand elle demande ne serait-ce qu’un rôle d’observateur dans l’UpM, et de consultant sur les dossiers...
Réformer la gouvernance de l’UpM, l’ouvrir à la société civile, "parent pauvre" de l’UpM comme l’a fait remarquer l’ambassadeur du Maroc auprès le l’Union, Son Excellence Menouar Alem, coordonner les services du secrétariat général avec ceux de la Commission européenne, sont des réformes nécessaires à engager rapidement... Plus fondamentalement, la Méditerranée ne doit-elle pas sortir de la politique de voisinage de l’Union européenne, et les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée être intégrés à la définition des politiques communes et des objectifs communs ? Comme alertait l’ancien ministre algérien, les pays du Sud ne veulent pas que l’Union définisse ses priorités et leur impose comme des "acquis communautaires"... Les projets de l’UpM pourraient ainsi s’inscrire dans la même stratégie de compétitivité que l’Europe, renforçant ainsi notre Marché intérieur en donnant une force à toute la région pour jouer dans la mondialisation.

Claude Fischer
Présidente de Confrontations Europe
17 mai 2010

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2010-05-17 Article conférence UpM


VOIR AUSSI :
- Plus d’info sur la conférence sur l’UpM du 12 mai 2010
- Le communiqué de presse du séminaire
- L’article paru dans Confrontations Europe, La Revue, N° 90 : « Partager la Méditerranée, Ancrer l’UpM dans la société ».
- L’article de Claude Fischer dans le Courrier de la Planète n°92 de Janvier-mars 2010 : "Union pour la Méditerranée - L’envol de Barcelone"

Post-scriptum


- 1  : Voir aussi son article paru dans Confrontations Europe, La Revue, N° 90 : « Partager la Méditerranée, Ancrer l’UpM dans la société ».

- 2  : Dépollution de la Méditerranée, autoroutes maritimes et terrestres, protection civile pour répondre aux catastrophes naturelles, une université euro-méditerranéenne, l’énergie avec le projet phare d’un plan solaire méditerranéen, et une initiative méditerranéenne de développement des affaires.

- 3  : La réunion du Caire des 5 et 6 janvier a rassemblé 5 pays (France, Egypte, Espagne, Tunisie et Jordanie) sur les 43 membres de l’UpM.

- 4  : Le projet allemand "Desertec" d’un immense champ photovoltaïque dans le Sahara peut menacer le Plan solaire méditerranéen si l’UpM n’arrive pas à coordonner les projets, et leur donner une cohérence.

- 5  : Turquie, Italie, Chypre, Israël, Autorité Palestinienne, Malte étant en charge du ...social !

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